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Au delà du Salon, notre agriculture

Jeudi dernier, belle journée au Salon de l’Agriculture. Nombreux échanges avec les responsables agricoles des filières animales, du lait, des fruits et légumes, des céréales, de la viticulture, de la pêche… les syndicalistes de la FNSEA et les jeunes agriculteurs. Je n’oublie pas les ultra-marins chez qui l’enthousiasme est toujours au rendez-vous.

Accueil chaleureux du public aussi. Combien de selfies ! Et le regard émerveillé des petits citadins qui découvrent les animaux de la ferme !

Ambiance de fête comme toujours, qui ne doit pas nous faire oublier le drame que vivent tant de nos paysans, écrasés par la brutalité des marchés, notamment dans les filières animales et la filière lait. Ils me l’ont dit jeudi comme ils me l’ont dit quand je suis allé les voir dans leurs exploitations, dans le Finistère, en Ille-et-Vilaine, en Maine-et-Loire, en Lot-et-Garonne ou ailleurs.

Courageux, travailleurs, passionnés et fiers de leur métier, ils ne cessent de se battre mais la désespérance les mine aujourd’hui. Il ne faut pas les laisser tomber.

Je crois profondément et je le leur répète que l’agriculture est un atout majeur pour la France.

Atout économique

Notre pays est une des grandes puissances agricoles du monde. Il y a une quinzaine d’années, nous étions le deuxième exportateur mondial, derrière les Etats-Unis. Puis les Pays-Bas et l’Allemagne nous sont passés devant, le Brésil plus tard et nous sommes désormais au 5ème rang. Il nous faut remonter la pente. Nous en avons les moyens.

Atout pour l’équilibre de nos territoires

La ruralité qui se sent aujourd’hui abandonnée vit en grande partie de la présence et de l’activité de nos paysans qui sont aussi les créateurs de la diversité et de la qualité de nos paysages. Les efforts considérables que fait depuis des années l’agriculture française pour faire évoluer ses modes de production vers un plus grand respect de notre environnement doivent être salués et poursuivis.

Atout humain et social

Nous qui parlons tant de nos racines, nous devrions être plus solidaires de ces hommes et de ces femmes qui incarnent si bien les valeurs de travail, de courage, d’entr’aide dont notre société a tant besoin.

Nous avons donc le devoir de replacer l’agriculture au premier plan. D’abord en aidant nos agriculteurs les plus fragilisés à franchir le cap par des mesures d’urgence qui donnent de l’oxygène à leurs trésoreries asphyxiées (report d’échéances sociales et fiscales notamment).

Mais aussi en définissant une stratégie de moyen-long terme pour traiter le problème à sa source.

Notre agriculture est diverse et notre stratégie globale doit tenir compte de cette diversité.

Les consommateurs veulent des produits de qualité, issus des territoires proches, faciles à identifier, à « tracer » comme on dit, bons pour la santé.

Il faut donc encourager les circuits courts, l’étiquetage de provenance, y compris sur la viande transformée, l’approvisionnement de la restauration collective, notamment de nos cantines scolaires, en produits du terroir, aussi souvent que possible labellisés bios. Ce mouvement est en marche et beaucoup de nos paysans s’y engagent.

L’agriculture française doit aussi jouer à fond la carte de la production pour l’exportation. D’ici la fin du siècle, il y aura 10 milliards de bouches à nourrir sur la planète, dont 2 milliards d’Africains. Notre devoir et notre intérêt sont d’y contribuer au premier rang.

Les objectifs ainsi fixés, on voit bien les actions à entreprendre :

Alléger les charges qui nuisent à la compétitivité de nos entreprises en général et de nos entreprises agricoles en particulier.

Quelques avancées ont été faites… ou annoncées. Il faudra tenir et aller plus loin sur la durée. Je propose zéro charges sur le SMIC, ce qui concernera de nombreux salariés agricoles. Et un transfert du financement de la politique familiale sur la TVA-compétitivité, réforme accomplie trop tard sous le précédent quinquennat et annulée hélas! sous l’actuel.

Arrêter l’inflation délirante des normes et contraintes en tous genres.

Deux engagements : ne pas laisser nos administrations en rajouter une couche à chaque directive européenne comme c’est aujourd’hui le cas; observer un moratoire sur les normes nouvelles pour donner la stabilité et la visibilité nécessaires à tout investisseur.

Ré-équilibrer les relations entre producteurs, industriels et grande distribution.

Le diagnostic est posé : quelques grandes centrales d’achat imposent leur loi, c’est-à-dire la recherche de prix toujours plus bas… alors même que le consommateur est prêt à un effort pour acheter des produits de qualité, d’origine clairement affichée. Il faut donc revoir le Loi de Modernisation de l’Economie (LME) qui a mis les producteurs sur la touche. Il faut aussi encourager ces producteurs à se structurer pour peser plus lourd. Certains l’ont fait avec succès.

Notre agriculture joue à fond la carte de la modernisation et de l’innovation. Elle utilise les technologies les plus avancées, les applications numériques pour économiser les intrants qu’elle emploie et rationaliser ses méthodes de production.

Résultat : l’installation des jeunes agriculteurs, la modernisation des bâtiments et des équipements coûtent cher; les aides doivent être adaptées en conséquence.

Enfin il nous faut préparer la prochaine PAC (Politique Agricole Commune) dont l’échéance vient en 2020. Les mécanismes de l’actuelle sont en partie obsolètes. L’Europe doit se doter d’outils qui lui permettent de mieux anticiper et gérer les crises, de lisser les fluctuations de prix et de revenus, par exemple par des dispositifs assurantiels. Encore faudrait-il que la France retrouve quelque influence à Bruxelles où elle est trop souvent muette ou absente. Un gouvernement crédible et déterminé à défendre nos intérêts devra notamment faire preuve de la plus grande vigilance pour s’assurer que la négociation du traité de libre-échange transatlantique préserve la qualité de notre alimentation et donc nos normes de production. Ou que l’embargo russe qui n’est pas uniquement dû à la crise ukrainienne mais qui remonte à plus loin pour ses aspects sanitaires est mieux pris en compte par la Commission.

Il y aurait encore beaucoup à dire, par exemple sur la fiscalité qui devrait permettre de mieux lisser les variations de revenus dans le temps (déduction fiscale pour aléas). Ou sur l’enseignement agricole, de grande qualité, qui doit pleinement jouer son rôle de formation à des métiers qui, contrairement à une idée reçue, sont créateurs d’emplois nombreux.

C’est avec nos agriculteurs, avec leurs organisations qui sont représentatives et d’esprit constructif, que cette stratégie de renouveau de l’agriculture française doit être maintenant affinée, et devra demain être mise en oeuvre.