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Merci à vous tous qui m'avez soutenu

J’ai été Premier ministre du 17 mai 1995 au 2 juin 1997.

Quand je présente en novembre 1995 le plan de réforme de l’assurance maladie et du système de retraites, un grand quotidien titre : « Juppé, l’audace ».

Deux ans après, l’éditorialiste du même journal dresse le constat terrible d’un Premier ministre rejeté par l’opinion et devenu le bouc émissaire de sa propre majorité politique.

Deux moments pour résumer en un raccourci saisissant mon action à Matignon.

En 1995, je découvre une réalité : les comptes sociaux dérapent et le déficit public représente 5,6% du PIB, ce qui risque de disqualifier la France pour le passage à l’euro, trois ans après. Sans la France, l’euro n’existera pas. Et une évidence s’impose : la majorité, déchirée par la lutte fratricide de l’élection présidentielle, est profondément divisée.

On connaît la suite. De ces deux années on tirera des enseignements contradictoires : un Premier ministre obstiné, « droit dans ses bottes », aveugle et sourd au mécontentement ou, à l’inverse, incapable de tenir le cap et cédant à la rue ; un pays impossible à réformer ou, au contraire, capable d’avancer et de changer malgré les crises.

« Je n’ai croisé que fugitivement Alain Juppé, lors d’une réunion, pour lui demander d’investir sur l’école primaire. Mais j’ai suivi sa carrière politique, sa brillante intelligence, surtout lorsqu’il était premier ministre. J’ai déploré que Chirac l’amène à céder face à la grève de 1995 - nous aurions gagné 20 ans sur des réformes justes et capitales – et dissolve l’Assemblée nationale. Puis la dignité de Juppé face à une condamnation inusitée à l’époque, enfin la persévérance dans la reconquête et l’assentiment populaire, plus sage que les politiques au pouvoir. Alain Juppé incarne l’espoir, dans une situation de déclin de la France. Il aborde l’élection suprême, avec la pondération, l’autorité et l’expérience qui le caractérisent. Plus que tout autre candidat, il est susceptible de susciter un regain de confiance, indispensable aux réformes exigeantes, qu’il va devoir entreprendre rapidement.» - Jean-Luc T.

Je crois, pour ma part, en avoir fait le bilan lucide. Il y a les réussites : faire repasser le déficit public à 3,6% du PIB. La France a parcouru les trois quarts du chemin qui conduisait à l’euro ; la grande réforme de l’assurance maladie, qui n’a jamais été remise en cause ; les zones franches urbaines, pour casser l’image des quartiers difficiles ; la professionnalisation des armées. Il y a les échecs : réformer et l’assurance maladie et les régimes spéciaux de retraites c’était vouloir aller trop vite et exiger trop des Français en même temps; ils ne l’ont pas accepté. Et je n’ai pu, malgré ma volonté de réconcilier, surmonter les divisions de la majorité, ce qui a conduit à la dissolution.

« C’était un jour très difficile pour Alain Juppé. Le matin, il avait quitté Matignon et avait donné rendez-vous à quelques compagnons dans un “café” de Bordeaux à côté de la place des Quinconces ; nous étions tous un peu K.O. en attendant sa venue. Son arrivée ne nous a pas rassurés car on sentait chez lui du désarroi et une certaine incrédulité face à ce qui lui arrivait. Et puis, prenant la parole, l’homme d’État a réapparu plus radieux que jamais, avec conviction et beaucoup de chaleur. En quelques instants il s’était livré à nous sans masque et sans détour. Homme vrai, sensible et humain, il sait mettre ses qualités personnelles à la hauteur de sa mission pour la France. Voilà pourquoi une vingtaine d’années après cet épisode je crois plus que jamais à lui. » - Gérard T.

Et il y a aussi le constat d’une défaite totale, celle de l’image, qui restera et pour longtemps celle d’un homme entêté, méprisant et incapable d’écouter.

Oui, on peut réformer la France. Mais je sais maintenant qu’on n’y réussira pas sans l’adhésion des Français.

« Étrangement, j'ai connu Alain Juppé dans la confrontation. Mais quelle confrontation... !? Nous sommes en 1995, les réformes du Premier Ministre, Alain Juppé, portant essentiellement sur l'âge de départ à la retraite, déclenchent une grogne syndicale. Moi, lycéen à Chevrollier à Angers, je me retrouve embarqué à manifester. Sans véritable raison nous concernant directement, on nous motive à rejoindre le mouvement étudiant avec pour motif, des arguments très subjectifs. Moi, je voyais surtout l'opportunité de faire école buissonnière...

Me voilà rendu à manifester pour la démission d'Alain Juppé, sans savoir pourquoi ! Une fois dans le cortège, je me sentais à la fois ridicule et inutile. Surtout à l'âge que j'avais avec tout l'avenir devant moi. Je trouvais les leaders étudiants et syndicaux pathétiques dans leurs démarches. Pour vous faire une confidence, cette première manifestation m'avait donné envie d'être CRS, véridique ! De suite, j'ai rapidement compris que le monde des manifestants pour avoir la tête d'un ministre, entre autres, ce n'était pas le mien. J'étais en marge et on me l'avait fait comprendre...

Aujourd'hui, cette réforme est souhaitée par beaucoup de Français, pour leur avenir et leur descendant. Depuis, j'ai gardé un souvenir d'Alain Juppé, à la fois de compassion et de compréhension. J'ai plus appris d'Alain Juppé, que des "camarades" qui à l'époque, considéraient que de manifester était comme une sorte de campagne de guerre. Mais de quelle guerre...? Si ce n'est que d'une guerre contre son propre avenir. Je n'aurai aucun problème pour soutenir Alain Juppé en 2017 ! » - Michaël B.