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Quand notre patrimoine nous rassemble

Optimisme ! Tel est le sentiment que m’inspirent les deux journées européennes du qui viennent de s’achever. Elles auront vu, cette année encore, près de 12 millions de visiteurs découvrir, avec curiosité et enthousiasme, souvent en famille ou entre amis, notre patrimoine.

Je serais même tenté de dire, nos patrimoines, tant sa richesse et sa diversité sont grandes. Bel exemple en vérité de notre capacité à nous rassembler autour de ce qui nous unit : notre langue, notre culture, nos monuments, grands ou humbles (plus de 43 000 en France !), nos paysages, notre patrimoine écrit, en un mot notre mémoire commune.

Du manoir breton à la friche industrielle, du mas provençal au coron du Nord, en passant par…le château bordelais, mieux que tout discours, ces journées illustrent la façon dont notre Nation s’est forgée et nourrie, au fil des siècles, des échanges avec les autres cultures pour construire, dans une alchimie qui lui est propre, un héritage dont nous sommes - tous – dépositaires et légitimement fiers. Magnifique occasion, non seulement de flâner un peu et d’arpenter beaucoup, mais aussi de réfléchir et de replonger dans nos souvenirs sur les traces de la Grande Histoire ou celles d’un quotidien plus ou moins ancien, qu’il soit rural, militaire, sacré ou industriel.

Loin d’être nostalgie du passé ou respect d’un éternel hier intangible et figé, l’engouement pour ces journées témoigne aussi du dynamisme et de la recréation permanente d’un patrimoine que nous voulons vivant, animé, accueillant, mais aussi productif.

On aurait tort à cet égard de sous- estimer l’apport du patrimoine à notre économie, qu’il s’agisse des métiers d’art ou du tourisme dont il constitue l’un des atouts majeurs.

Véritable trait d’union entre les générations, le patrimoine fait de nous des passeurs, tâche humble et exigeante à la fois. A ce titre, il est de notre devoir de le conserver, le valoriser, le transmettre, le faire aimer à la jeunesse et, parfois, de le réinterpréter, quand ses fonctions anciennes ont disparu. Malraux disait très justement que « si le présent ressuscite le passé, il ne cesse de le métamorphoser ». En mettant à l’honneur les architectes et urbanistes du XXIème siècle, le thème retenu cette année nous le confirme : les créations d’aujourd’hui constitueront les souvenirs de demain et le patrimoine d’après-demain. C’est pourquoi, il est en réalité vain de vouloir opposer patrimoine et création : une politique culturelle digne de ce nom ne saurait négliger ni l’un ni l’autre. Bordeaux, comme bien d’autres villes de France, tente d’apporter sa pierre à ce renouvellement : nous avons souhaité entretenir et valoriser l’extraordinaire héritage des siècles, en particulier du XVIIIème, en nous appuyant - comme sur les quais - sur le talent de paysagistes contemporains ou en attirant dans les quartiers nouveaux - comme celui des docks - les meilleurs architectes de notre temps.

Afin d’inscrire notre patrimoine dans ce dialogue fertile entre passé et présent, veiller à maintenir le souffle que peut seul donner un véritable intérêt au sommet de l’Etat est une exigence.

Car s’il est une dimension régalienne de la culture, assurément la politique du patrimoine en est une. Il ne s’agit pas seulement de dépenser plus mais d’oser repenser le croisement des responsabilités entre l’Etat, les collectivités locales, les propriétaires privés et les nombreux citoyens, engagés et passionnés, dans un partenariat renouvelé entre acteurs publics et privés. Pourquoi d’ailleurs ne pas lancer des « États généraux du patrimoine » pour en dessiner les contours ?

Une chose est sûre, à l’aune de ces deux belles journées et alors que s’ouvre une nouvelle saison culturelle riche de promesses à travers tout le territoire, il n’est pas utopique de faire en sorte que cette passion qui nous anime tous pour la création et la transmission de notre culture irrigue davantage notre quotidien.

Bonne rentrée culturelle à tous !