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Merci à vous tous qui m'avez soutenu

Vous vous êtes appuyé sur des témoignages d'enseignants. Vous indiquez à plusieurs reprises que vous pensez que la réforme du système est devenue indispensable. Ne dramatisez-vous pas l'enjeu ?

Réponse

Les enseignants nous disent la même chose que les observateurs internationaux.

Nous sommes dans un monde ouvert, c’est désormais un fait communément accepté, et toutes les institutions, que l’on croyait autrefois inamovibles, intangibles, sont désormais soumises à la question de l’efficacité et sont comparées à d’autres acteurs qui se proposent d’accomplir leurs missions à leur place, etc.  Aucune institution ne peut, sous peine de s'exposer à de sévères "rectifications", s'exempter de réformes. Et je suis persuadé que la mandature à laquelle je postule sera une des dernières fenêtres ouvertes pour entamer la transformation de notre système éducatif dans de bonnes conditions, qui respectent les statuts des enseignants, favorisent l’amélioration des résultats scolaires, et redonnent à l’éducation nationale son statut et son prestige.  Il y a bien un risque, à moyen terme, et tout à fait réel, qui pèse sur l'existence du système éducatif en tant qu'institution nationale, capable de garantir à travers les établissements publics et les établissements privés sous contrat l'existence d'une offre éducative pour tous les enfants, sur l'ensemble de notre territoire

Je note d'ailleurs que les enseignants, à l'inverse de ce qui est souvent avancé, sont prêts, pour une bonne part d'entre eux, à faire le pari du changement. Encore faut-il être clair dans ce que l'on entend par changement : c'est l'objet de mon livre.

Je reviens sur les risques réels. Il n’est pas inutile de regarder ce qui est en train de se passer aujourd’hui aux Etats-Unis, avec la mise en accusation des public schools, accusées de ne pas satisfaire aux exigences de qualité et de résultats. Ce mouvement a pu dans certains cas aboutir à la fermeture pure et simple d'écoles publiques, remplacées par des charter schools privées, voire dans certains états, par des « coupons » permettant aux parents de choisir tout type d'offre, y compris des écoles en ligne.  J'en tire une conclusion simple : ne pensons pas que nos institutions sont immunes et préservées, et qu'elles ne pourraient pas, dans le futur, être brutalement remises en question si nous ne les défendons pas aujourd'hui. Et la meilleure défense, c’est la réforme, progressive, expliquée, et sur la base du volontariat et de l'implication des personnels, telle que je l’entends.

Mon projet touche à un aspect fondamental de notre société, qui fera la compétitivité de notre pays dans les années futures : la performance de notre système éducatif. Pour cela augmenter cette performance, je veux mettre l'accent sur la maîtrise des fondamentaux et de la langue Française à l'écrit et à l'oral et mettre fin à l'accumulation des échecs scolaires dans les premières années d'école. Ce sont ces échecs qui expliquent la quantité d'enfants arrivant au collège avec des retards qui ne peuvent pas être rattrapés.La performance accrue de notre système vise un objectif stratégique : une qualification professionnelle de 100% de nos enfants. Pour cela, j'ai formulé de grandes orientations :

  • mettre l'accent, « le paquet » sur la maternelle et le CP, en réduisant le nombre d'élèves par classes, en créant de petits groupes de 5 ou 6 élèves dans les situations de difficulté
  • investir dans le corps professoral, en améliorant l'attractivité de la fonction, en rattrapant le retard salarial en primaire, en restaurant le respect dû à la fonction, en augmentant fortement l'importance de la formation continue, en donnant plus de responsabilités aux enseignants
  • donner aux établissements la capacité de gérer des moyens qui sont actuellement rigides et centralisés
  • pratique avec précision l'évaluation du système lui même, en systématisant le suivi des élèves
  • investir dans l'apprentissage et améliorer notre dispositif d'orientation

La question du rattrapage salarial des enseignants du premier degré n'est donc qu'un moyen parmi toute une gamme d'actions, et certainement pas le but de la réforme du système éducatif, soyons sérieux.