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« La coopération entre la France et l’Allemagne est décisive »

Interview d'Alain Juppé parue le 18 juillet 2016 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung lors d'un déplacement à Berlin

La France a été de nouveau endeuillée par une attaque terroriste. Est-ce que l’Allemagne peut aider la France dans la lutte contre le terrorisme ?

La menace terroriste nous concerne tous. La France bien sûr, qui a été durement frappée à plusieurs reprises. Mais je pense aussi à la Belgique, à la Turquie, aux Etats-Unis. Il nous faut une réponse mondiale, mais surtout au niveau européen. Nous avons des progrès à faire pour mieux coordonner nos services de renseignements et renforcer les échanges d’information. C’est une urgence absolue. La coopération entre la France et l’Allemagne est décisive dans ce domaine. J’en parlerai à la Chancelière Merkel.

Le Président a annoncé une intensification des frappes militaires en Syrie et en Iraq. Est-ce la bonne démarche ? Est-ce que l’Allemagne doit s’engager aussi sur le plan militaire ?

La lutte contre le terrorisme se joue d’abord sur le territoire national. Mais il est nécessaire aussi de s’attaquer aux centres de décision de l’organisation terroriste DAECH. C’est pour cela que la France est aussi engagée sur le plan militaire. Elle fait partie de la coalition internationale contre DAECH qui commence à marquer des points. Il faut continuer. Je pense que l’Allemagne aura tout sa part dans cette coalition internationale.

Comment comptez-vous rétablir la confiance dans la relation entre Berlin et Paris ?

Je crois effectivement que cette confiance n’est pas au degré où elle devrait être. La première raison de cette perte de confiance est le manque de crédibilité de la France. Il est normal que l’Allemagne commence à douter de notre capacité de procéder à des réformes structurelles. La balle est clairement dans le camp de la France. Mon projet est de rétablir la crédibilité en menant à bien les réformes que le pays a depuis trop longtemps reportées.

Quelles perspectives voyez-vous pour l’Union Européenne après le Brexit ?

Nous avons tout d’abord besoin d’une véritable explication entre amis avec la Chancelière sur notre but après le Brexit. Voulons-nous toujours construire une Europe politique et pas seulement un marché commun ? Quel rôle voulons-nous jouer sur la scène internationale, que voulons-nous faire pour notre sécurité commune ? Je salue à cet égard l’effort budgétaire de défense de l’Allemagne. Je plaide aussi pour une nouvelle augmentation du budget de défense de la France. Ce budget devrait augmenter de sept milliards d’Euros entre 2017 et 2022.

Est-ce que la relance de l’UE passe par un nouveau traité européen ?

Je crois qu’avant d’envisager un nouveau traité, il faut savoir ce que nous voulons faire. A mon avis, il faut arrêter l’élargissement de l’UE. La Turquie n’a pas sa place dans l’UE. Et même pour les pays des Balkans, il est préférable de suspendre le processus d’adhésion dans l’état de faiblesse actuelle de l’UE. On ne construit pas un nouvel étage sur une maison qui est fissurée dans ses fondements.

Ne craignez-vous pas une déstabilisation durable de la Turquie après la tentative de putsch militaire ?

Le choix démocratique du peuple turc doit être respecté. Mais la Turquie n’a pas vocation à devenir un jour membre de l’UE. La Turquie est bien sur un partenaire important et un allié avec lequel nous devons coopérer étroitement. Mais nous ne pouvons pas trancher la question des visas comme cela a été fait dans l’accord entre l’UE et la Turquie sur la question migratoire. L’UE est tellement fragilisée. Intégrer un pays de l’importance de la Turquie comporte trop des risques.

Comment comptez-vous relancer l’UE ?

Je vois quatre objectifs majeurs : clarifier la question des élargissements, instaurer une véritable subsidiarité, renforcer la zone Euro et se concentrer sur les questions de sécurité. L’UE doit produire moins de textes et moins de lois et de se concentrer sur l’essentiel.

Approuvez-vous l’idée d’un référendum sur le projet européen proposé par Bruno Le Maire ?

Organiser un référendum aujourd’hui alors que nous ne sommes pas d’accord sur notre projet européen serait irresponsable. Nous avons vu en Grande-Bretagne à quels excès ça peut mener. Mais une fois que nous aurons bâti un nouveau projet européen, il faudra que les peuples l’approuvent, et nous pourrions alors organiser un référendum le même jour dans les tous les pays.