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« Le fatalisme n'est pas une politique »

Après l'attaque de Nice, Alain Juppé accuse le gouvernement d'avoir perdu du temps face à la menace terroriste et le somme de passer à la vitesse supérieure.

Candidat à la primaire de la droite et du centre, l'ancien Premier ministre revient sur les propos polémiques qu'il a tenus après l'attaque de jeudi et développe ses propositions face au terrorisme.

 

Vous avez accusé l'exécutif en déclarant que « si tous les moyens avaient été pris, le drame n'aurait pas eu lieu ». Cela a beaucoup surpris...

Je voudrais d'abord redire ma compassion pour les victimes. Ne les oublions pas dans ce moment de choc pour la nation. Je ne fais de polémique avec personne. Je connais la difficulté de la tâche, mais le fatalisme n'est pas une politique. Nous pouvons faire plus et mieux même si, bien sûr, le risque zéro n'existera jamais.

 

Vous considérez que François Hollande et Manuel Valls n'en font pas assez ?

Je ne veux pas donner de leçons. Mais il est clair qu'aujourd'hui il faut passer à la vitesse supérieure dans ce combat qui est une menace permanente et d'une extrême gravité. Je ne me résigne pas à ces événements tragiques. Si nous sommes en guerre, tirons-en les conséquences.

 

Comment, concrètement ?

Nous avons des progrès à faire dans plusieurs domaines. J'ai fait des préconisations en janvier dans mon livre « Pour un Etat fort ». Nous devrions mieux déployer nos forces de l'ordre sur le terrain, c'est-à-dire les policiers, les gendarmes et les militaires de l'opération Sentinelle. Ils accomplissent un travail remarquable, mais ils sont épuisés après des mois de mobilisation. Dans mon livre, je préconisais un recours et un déploiement des réserves opérationnelles pour les soulager. J'observe que le président de la République l'a annoncé avant-hier... C'est bien, mais c'est tard.

 

Y a-t-il eu des failles en termes de renseignement ?

Justement, il faut resserrer le maillage du renseignement, car d'évidence il y a encore des défaillances, en particulier dans le renseignement territorial qui ne dispose pas des moyens suffisants et qui n'associe pas suffisamment la gendarmerie, très présente sur le terrain. De plus, nous devons durcir la réponse pénale, notamment pour un certain nombre de crimes terroristes. Et passer à la vitesse supérieure dans la lutte contre la radicalisation des esprits, notamment au sein de l'école, sur Internet et dans les prisons. En ce qui concerne les prisons, je suggère d'ailleurs la création d'une police pénitentiaire. J'ai vu que Jean-Jacques Urvoas me rejoignait sur ce point. Eh bien, très bien, passons à l'acte !

 

Il y avait plus de 120 policiers jeudi soir à Nice, ville où la vidéosurveillance est la plus développée de France. Cela n'a pas empêché le drame...

Il faut savoir pourquoi ce système de vidéoprotection très perfectionné n'a pas suffi. J'étais à Nice il y a quelques semaines, on m'a expliqué son extrême efficacité. Il faut comprendre ce qui n'a pas fonctionné afin d'en tirer les conclusions pour l'avenir. Comment un camion aussi lourd peut-il pénétrer sur un site piétonnier aussi sécurisé ? Christian Estrosi a eu raison de poser la question.

 

Est-on face à une nouvelle forme de terrorisme ?

Mais nous y sommes déjà ! La méthode employée à Nice était déjà préconisée par l'Etat islamique.

 

L'état d'urgence est-il réellement efficace ?

Il est efficace lorsqu'on en tire toutes les conséquences. Nous ne pouvons pas vivre en état d'urgence comme nous vivons d'habitude. Nous devons en tirer les conséquences sur les grandes manifestations publiques. Pour les fan-zones de l'Euro, les forces de l'ordre ont accompli un travail remarquable sur les dix sites. Nous ne pouvons pas leur demander de faire la même chose sur plusieurs centaines de sites. Et que dire des manifestations contre la loi Travail !

 

Doit-on s'habituer à vivre avec une menace permanente ?

Il faut se préparer à un long combat. Ce fléau a de multiples racines et ramifications. La communauté internationale doit s'en saisir. La France pourrait suggérer l'organisation d'une conférence internationale avec les pays du G 20 et les pays arabo-musulmans pour essayer de trouver une réponse mondiale à ce défi mondial. J'en parlerai dès lundi à Angela Merkel à Berlin.

 

Le gouvernement dénonce la « surenchère » de la droite, et Stéphane Le Foll votre « manque total de responsabilité »...

Mais qui entretient cette polémique par la violence de ses propos ? Les ministres feraient mieux d'assumer leurs responsabilités plutôt que de s'en prendre à l'opposition. Les choses doivent être dites. Et je me souviens de la réaction de François Hollande après les crimes abominables de Mohamed Merah...

 

On vous suspecte de courir après Nicolas Sarkozy sur les questions de sécurité !

Je dis ce que je pense depuis longtemps.

 

Retrouvez l'interview sur LeParisien.fr