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Interview d'Alain Juppé dans Le Figaro

Alain Juppé a accordé une interview au Figaro ce mercredi 1er juin.  

La mobilisation contre la loi El Khomri prouve-t-elle que les réformes sont impossibles en France?

Elles sont indispensables et elles sont possibles lorsqu'elles sont annoncées à l'avance et bien préparées. Le gouvernement s'y est pris de la pire des façons. Ce projet est déjà en complète contradiction avec ce que François Hollande avait promis  ; il n'est pas étonnant qu'une partie des Français se sentent trahis. Mais de surcroît, cette loi a été lancée sans concertation préalable. Ce qui nous a conduits à cette situation détestable. La grève est un droit, mais paralyser l'économie n'est pas acceptable.

 

La CGT semble peu disposée à négocier.

Je ne comprends pas bien la stratégie de la CGT. Elle semble prise dans une surenchère pour se garder à la fois sur sa droite, vis-à-vis de la CFDT, et sur sa gauche, vis-à-vis de l'extrême gauche. Elle ne mène pas un combat syndical au nom des salariés mais un combat politique à l'approche des élections professionnelles. Elle défend avant tout ses propres intérêts !

 

L'exécutif doit-il retirer son texte?

Il n'en reste plus grand-chose… Si le gouvernement retirait ce qu'il en reste, ce nouvel échec le déstabiliserait encore un peu plus alors qu'il a déjà perdu toute crédibilité aux yeux du pays. À l'avenir, il faudra reprendre toutes les questions soulevées par la loi travail et le faire sur une base claire. Durant la campagne, je dirai la vérité aux Français et je leur demanderai mandat pour mettre en œuvre mes réformes.

Regrettez-vous d'avoir reculé en 1995 sur la réforme des retraites?

Je n'étais pas prêt sur ce dossier. À l'époque, nous avions mené la réforme de l'assurance-maladie à 100 % parce que nous avions engagé la concertation en préalable. Mais j'ai voulu aller trop vite sur la réforme des régimes spéciaux, dossier qui n'est pas le plus simple. Remarquez qu'ils n'ont pas été réformés depuis, ni par la gauche ni par la droite…

 

Peut-on continuer à administrer le pays avec 36.000 communes, 101 départements et les treize nouvelles régions?

Les maires des petites communes sont l'ossature de la République, ils sont pratiquement bénévoles et en permanence en première ligne. Ils ne supportent plus que les règles du jeu changent en permanence. La réforme territoriale engagée depuis 2012 a été complètement cafouilleuse. La taille des régions n'était pas l'enjeu ! La réforme qui avait été menée durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy allait dans le bon sens, car avec le conseiller territorial, on rapprochait les départements et les régions. Malheureusement, c'est raté, et du fait de la constitution d'immenses régions, le département redevient un échelon de proximité incontournable. J'entends bien certains de mes amis qui expliquent que l'on va tout reprendre à zéro. Je ne crois pas qu'il soit judicieux de modifier à nouveau la carte des régions. Les élus demandent de la stabilité: écoutons-les!

 

Comment réformer les collectivités?

Je propose un contrat d'engagement entre l'État et les collectivités : faites des économies de fonctionnement et l'État garantira vos dotations. Si vous ne faites pas d'économies, l'État en fera sur les dotations. Je souhaite également simplifier les réglementations, alléger ou supprimer des normes et fournir de nouveaux outils, par exemple en permettant aux maires de pouvoir engager des salariés de droit privé pour certaines missions, sans abroger le statut de la fonction publique. Enfin, je crois au droit à l'expérimentation : on n'est pas obligé de tout faire partout de la même façon. Ainsi, sur les rythmes scolaires : si un maire veut poursuivre avec les nouveaux rythmes, il le pourra. Si un autre veut arrêter, il le pourra aussi. Soyons girondins !

 

Que pensez-vous du vade-mecum de la laïcité préparé par François Baroin?

Faisons preuve de bon sens. La laïcité est l'une des valeurs de la République. Elle garantit la liberté de croire ou de ne pas croire et elle garantit à chaque citoyen que les religions n'interfèrent pas dans la sphère publique, n'imposent pas leurs règles et respectent les lois de la République. C'est pourquoi je propose la création d'un délit d'entrave à la laïcité dans les services publics, lorsque des manifestations d'ordre religieux viennent perturber le fonctionnement d'un hôpital ou d'une école. Je pense qu'il faut que nous soyons farouchement engagés dans la lutte contre la radicalisation des esprits, notamment sur Internet. Mais faire preuve de bon sens, cela ne veut pas dire qu'il faut interdire l'installation d'une crèche dans une mairie. Ce sont nos racines ! Dans les cantines, il n'est pas difficile de donner le choix aux enfants entre du poisson, de la viande ou un plat végétarien. Et je ne pense pas qu'un foulard sur la tête d'un adulte à l'université pose problème. Au nom de la laïcité, certains font preuve d'étroitesse d'esprit. Ne soyons pas dogmatiques. Pour autant, nous devons être intransigeants avec toute tentative de faire primer la norme religieuse sur la loi de la République, en particulier dans le respect de l'égalité entre les femmes et les hommes.

 

Vous réunissez mercredi un millier d'élus locaux. Est-ce une démonstration de force?

Il s'agit plutôt d'une démonstration de proximité. Partout où je vais, je m'efforce de rencontrer des élus locaux avec qui le dialogue est plutôt facile puisque j'ai l'expérience quotidienne de toutes leurs difficultés. Cette réunion est pour moi l'occasion de leur dire ma confiance. Et pour eux, je l'espère, d'exprimer leur soutien.

 

Nicolas Sarkozy se dit «impatient» d'entrer en campagne. Êtes-vous impatient qu'il se déclare?

Je ne crois pas trahir de secret en vous disant qu'il est déjà en campagne.

 

Il reste président des Républicains…

Certes. Chacun conçoit les choses à sa manière, mais pour être candidat, il lui faudra sans doute prendre un peu de distance avec les appareils partisans, qui souffrent d'un discrédit profond. J'espère que cela viendra vite. Vous voyez, moi aussi, je suis impatient !

 

Cela fait bientôt deux ans que vous êtes candidat. Quel bilan tirez-vous de cette première partie de la campagne?

J'ai choisi de faire une campagne de terrain sans tambour ni trompette. Je m'adresse aux Français et ce que je leur propose rencontre plus que de la curiosité. Il y a de l'enthousiasme. J'ai fait le choix de laisser bourgeonner librement mes comités de soutien. Nous en comptons aujourd'hui plus d'un millier et ils attirent des participants qui n'avaient jamais milité dans aucun parti. Ce mouvement s'est créé, il me réjouit et j'ai l'intention de l'amplifier.

 

Interview à retrouver sur le site du journal.