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La Francophonie : notre patrimoine ouvert sur le monde

En cette veille de journée internationale de la Francophonie, j’ai une pensée pour mon ami Boutros Boutros Ghali, disparu le mois dernier, premier secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). « Cette langue porte les plus beaux mots du monde : la solidarité, la tolérance, le respect de la personne humaine, l’attachement à la diversité des cultures » avait-il coutume de dire en parlant du français. 

Des mots justes pour souligner que notre langue est une façon d’être, de voir et de questionner le monde. Dans un contexte où le terrorisme cherche à nous atteindre au plus profond de nos idéaux, dans un monde où penser, créer, s’exprimer demeure un combat pour des millions de personnes, n’oublions pas tout ce qu’elle représente.

Parler français, c’est aussi être de plain-pied dans la mondialisation.

Avec près de 230 millions de locuteurs, le français est la sixième langue la plus parlée dans le monde sur les cinq continents. Elle soude un espace économique qui représente 15 % de la richesse mondiale et 12 % du commerce international. Un potentiel dont j’ai mesuré l’intérêt qu’il suscite lors du premier forum économique de la Francophonie à Dakar en 2014. Aussi, cette journée internationale de la Francophonie doit être un moment d’optimisme et de fierté car « le français est une chance » pour reprendre un mot d’ordre de l’ancien secrétaire général de l’OIF, Abdou Diouf.

Mais nombreux sont les défis à relever pour faire de la francophonie un moteur de la mondialisation.

L’enjeu africain d’abord. Si elle demeure plurielle, la Francophonie est tirée par la vitalité du continent africain. Les chiffres sont là : en 2050, 700 millions de personnes, sinon plus, pourraient être francophones, dont 85 % devraient vivre en Afrique et plus de 90 % avoir entre 15 et 30 ans. Pour que le français irrigue tous ces jeunes, connectés et mobiles, il nous faut unir nos forces pour inscrire durablement une éducation de qualité dans un environnement audiovisuel et culturel francophone. C’est à cette condition que le français redeviendra une langue attractive et de promotion sociale.

Nous devons aussi encourager le développement de contenus culturels, éducatifs et audiovisuels francophones en Afrique, adaptés aux nouveaux médias.

La France peut contribuer à une réponse coordonnée, en entrainant dans cette entreprise tous les acteurs publics et privés français et en mobilisant ses réseaux scolaire, culturel comme ses medias. A l’ère numérique, la francophonie offre un marché de taille mondiale, dont le vecteur, la langue française, permet d’innover. Tout aussi important est d’aider les pays du continent africain à produire leurs propres contenus culturels. Que la France collabore à des films comme Timbuctu d’Abderrahmane Sissako me paraît à cet égard essentiel.

En touchant à des questions aussi fondamentales que l’éducation, la culture, le développement ou l’économie, la Francophonie s’inscrit de facto dans une réflexion politique.

En 2017, nous fêterons les 20 ans de la création du poste de secrétaire général de l’OIF. L’âge de la maturité pour que la famille francophone dresse un bilan sans tabou. Trop longtemps, taraudée par sa conscience postcoloniale, la France est restée figée dans une réserve incomprise de ses partenaires.

Or la Francophonie n’est pas un héritage. Elle représente un avenir commun.

Le débat doit s’ouvrir sur ce qui la définit et sur le projet politique qu’elle entend porter au XXIe siècle. Je ne doute pas que la nouvelle secrétaire générale de l’OIF, Michaëlle Jean, saura relever ce défi. La France devra y contribuer avec une ambition renouvelée.

Cette langue, notre premier devoir est de l’aimer et de l’enseigner en France même.

Si la maîtrise des langues étrangères est une nécessité pour les jeunes générations, le français, tout en continuant à s’enrichir pour rester une langue qui unit, ne doit pas céder aux sirènes du franglais. C’est pourquoi j’insiste tant sur les enjeux de l’école primaire où se joue la maitrise de notre langue par tous les enfants. Et parce que la Francophonie est une formidable école de la diversité, il faut la faire découvrir aux plus jeunes et l’étudier au lycée comme à l’université. Les artistes francophones sont les meilleurs ambassadeurs d’une créativité plurielle que la France gagnerait à mieux diffuser.

L’avenir du français s’écrira largement en dehors de notre pays et les futurs prix Nobel de littérature seront africains ou haïtiens, autant qu’européens ou québécois.

La France peut être fière de ce qu’elle a pu apporter au monde dans le domaine des lettres et de la pensée. Elle ne doit pas croire pour autant que cet acquis se maintiendra sans un engagement résolu de sa part. Elle doit montrer qu’un attachement sans faille à sa langue est la condition d’une ouverture féconde et sereine aux autres cultures.

Riches de leur patrimoine commun et confiants dans leur avenir, les pays de la Francophonie seront ainsi des vecteurs de la modernité.