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Moments de bonheur au festival d'Avignon

Moments de bonheur en Avignon, au cœur de l’été des festivals, dans ce chaudron où s’expriment, entre « in » et « off », toute la vitalité, toute la richesse, toute la diversité de la création artistique. Bonheur du partage, de la rencontre et de la découverte.

Arriver « en Avignon », c’est un peu passer une frontière – celle du Rhône, jadis frontière du « Royaume » ; celle d’un climat et de sa civilisation méditerranéenne, si chère à Olivier Py ; celle d’une mémoire – le palais des papes, dressé au-dessus du fleuve et de la ville, témoin d’une histoire européenne multi-séculaire, patrimoine exceptionnel que nous avons en partage. C’est aussi rejoindre ce que la culture française compte de plus vivant, de plus populaire : un festival fréquenté par tous, de toutes générations, de toutes régions, de toutes nations, de toutes cultures et de tous horizons. 3 semaines de théâtre, de danse, de musique, d’arts de la rue; près de 1 500 spectacles, plus d’un million de spectateurs Jean Vilar disait joliment « ce que nous avons réussi au festival, c’est le public ». Il avait raison : symbole de la décentralisation culturelle des années 50 et 60, revendiquant depuis toujours sa dimension participative et démocratique, Avignon demeure un rendez-vous unique.

« En Avignon » revit, se transmet, se perpétue, dans la modernité des créations, des nouvelles mises en scène, des nouvelles lectures des chefs d’œuvre de notre patrimoine culturel, ce qu’il y a aussi de plus ancien dans notre tradition culturelle : le théâtre.

Né avec la démocratie athénienne, il nous rappelle que la culture est au cœur de la vie citoyenne, qu’elle nous divertisse, nous bouleverse, nous questionne ou nous dérange. Elle nous rassemble dans notre diversité. Elle nous enseigne le respect de l’autre et la tolérance. Elle nous donne les clefs du monde. Le « Roi Lear », dans la belle production d’Olivier Py présentée dans la cour d’honneur, comme le magistral « Richard III » de Thomas Ostermeier l’expriment à merveille, avec toute la puissance du verbe shakespearien.

Hors festival, passionnante visite, en compagnie d’Eric Mézil, de ‎la magnifique rétrospective consacrée à Patrice Chéreau. Dans l’écrin lumineux de la fondation Lambert, qui vient d’ouvrir ses portes, l’itinéraire d’un créateur d’exception, dont le génie incandescent a marqué pour toujours les arts de la scène. Extraordinaire effervescence culturelle.

Nul doute que cette grande et belle tradition française qui veut que la Nation tout entière veille à la vitalité et au rayonnement de sa culture, à commencer par sa langue, qu’elle accompagne et soutienne ses artistes, qu’elle préserve et valorise son patrimoine, qu’elle porte son message au-delà de nos frontières, doit demeurer au cœur de l’action publique. Il y a, par nature, une dimension régalienne dans l’ambition culturelle de notre pays.