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Alain Juppé : « L’Europe est menacée de dislocation »

C’est à Bruxelles qu’Alain Juppé, mercredi 24 février 2016, a pris la parole pour lancer un cri d’alarme sur l’avenir de l’Europe : « l’Europe, notre Europe, l’Union Européenne que nous avons construite en un demi-siècle au prix de tant d’efforts, cette Europe est menacée de dislocation ». 

 

Au-delà des habituels reproches faits à l’Europe sur son éloignement des peuples, Alain Juppé met en garde contre deux impuissances qui minent la confiance dans l’avenir de l’Europe : l’impuissance d’une part à retrouver le chemin d’une croissance suffisante pour faire reculer durablement le chômage autrement que par de douloureuses politiques d’ajustement qualifiées d’austérité et l’impuissance d’autre part à maîtriser l’accueil des réfugiés et les flux migratoires à travers les frontières-passoires ».

Cette impopularité de l’Europe accentue aujourd’hui un autre mal, l’angoisse identitaire, qui se répand sur le continent et se nourrit notamment des difficultés à intégrer des populations d’origine étrangère et des nationalismes régionaux avec pour conséquence la fragilisation des solidarités.

Pour Alain Juppé : « Nous avons l’ardente obligation de réagir et de faire renaître le désir d’Europe au cœur des peuples européens. Le spectacle du monde, autour de nous, nous y oblige. Il nous montre que le repli sur soi, le « chacun pour soi », sont moins que jamais la solution ».

Parmi les solutions, Alain Juppé évoque la nécessité de mieux associer les parlements nationaux au travail des institutions européennes mais aussi le besoin de revenir sur certaines anomalies. Il considère ainsi que : « le statut des travailleurs détachés ne doit plus aboutir, comme aujourd’hui, à fausser la concurrence entre travailleurs nationaux et travailleurs européens venus d’un autre pays de l’Union ».

Evoquant le cas de la Grande-Bretagne qui organisera en juin prochain un référendum sur son appartenance à l’Union européenne, Alain Juppé a déclaré qu’elle pouvait « être exonérée d’aller plus loin dans la marche vers une plus grande intégration européenne. A une condition toutefois sur laquelle nous ne pouvons ni ne devons transiger : c’est que les peuples qui veulent, eux, d’une union sans cesse plus étroite ne soient pas empêchés de le faire ! ».

Pour Alain Juppé, le chemin du retour de la confiance passe par la consolidation de la zone euro et « il faut maintenant sauter le pas d’une harmonisation fiscale progressive et mettre en cohérence nos systèmes de protection sociale ». Mais notre candidat ne cache pas la difficulté de l’enjeu : « Ce saut qualitatif impliquera de nouveaux partages de souveraineté, ce qui doit nous amener à poser une question beaucoup plus fondamentale : celle du sens de cette intégration économique renforcée. Et ce sens ne peut être que politique ». Et de rappeler que « Pour tous les pères fondateurs le but était de combiner les avantages de l’unité d’un grand espace et d’une grande puissance continentale avec ceux de l’indépendance des Nations qui le composent ».

Pour Alain Juppé : « La France, comme les autres, veut et doit rester un Etat souverain, mais la souveraineté, au siècle de la mondialisation, c’est le pouvoir de choisir ses partenaires privilégiés et les modalités d’une interdépendance devenue incontournable ».

Pour donner du sens à cette communauté d’intérêts, Alain Juppé propose de progresser dans la voie de la mutualisation des moyens de défense et de se mettre d’accord sur l’analyse des menaces. Il réaffirme la nécessité de maîtriser les flux migratoires en négociant un nouvel accord pour répondre à l’échec de Schengen.

Enfin, Alain Juppé souhaite que l’Europe devienne la pionnière d’une nouvelle croissance. Une croissance qui devra être économe des ressources rares. Une croissance collaborative qui s’appuiera sur la révolution numérique.

Toutefois, avant de donner ce nouvel élan à l’Europe, Alain Juppé estime qu’il y a une condition préalable : « que la France retrouve sa crédibilité en Europe, sa voix et son influence, notamment auprès de ses grands partenaires, au premier chef l’Allemagne. Et pour cela, qu’elle engage courageusement les réformes structurelles qui lui permettront de retrouver sa compétitivité économique, sociale et intellectuelle ».