Menu
Merci à vous tous qui m'avez soutenu

[VIDÉO] Discours d'Alain Juppé pour un nouveau modèle social

Discours d’Alain Juppé pour un nouveau modèle social, prononcé à Rennes le mercredi 19 octobre 2016 (seul le prononcé fait foi).

Cher Maël (de Calan),

Cher Bertrand (Plouvier),

Chère Isabelle (le Callenec),

Chère Françoise (Gatel),

 

Mes chers amis,

C’est un immense plaisir d’être parmi vous à Rennes, et de vous voir si nombreux ! Merci à tous !

Il y a presque deux ans, en novembre 2014, je me rendais à Vitré, tout près d’ici, pour remettre à notre ami Pierre Méhaignerie une décoration bien méritée.

J’entamais alors une belle aventure, durant laquelle vous m’avez soutenu à chaque instant, et dont la première étape est sur le point de s’achever.

Dans un mois, le 20 novembre, aura lieu le premier tour de la Primaire de la droite et du centre. C’est une échéance inédite dans notre famille politique. Elle est essentielle : cette Primaire, nous le savons tous, ce sera le premier tour de l’élection présidentielle. D’où l’extrême importance de notre mobilisation. 

Je l’ai déjà dit, et je voudrais que vous aussi, vous le répétiez à chaque occasion : les 20 et 27 novembre, tout le monde pourra voter !

Tous ceux qui souhaitent l’alternance. Tous ceux qui veulent que la France soit à nouveau gouvernée.

Tous ceux qui veulent que la fonction présidentielle retrouve son sens et sa dignité !

Pour gagner, dans moins de 40 jours, j’aurai besoin de votre force. De cette force qui inspire toute la Bretagne, et plus largement l’Ouest de la France. Des terres qui savent s’unir et se mobiliser pour se développer, des terres où l’on va de l’avant.

Votre optimisme, votre confiance, votre goût d’entreprendre ne vous privent pas de votre lucidité. Ici comme ailleurs, il y a bien sûr des difficultés.

  • Comment ne pas penser, d’abord, à la très grave crise que traverse le monde agricole ? Il y a un mois, ici même à Rennes, au salon SPACE, j’ai entendu nos agriculteurs, j’ai perçu chez certains du désespoir, et on en connaît l’issue parfois tragique. Je veux placer cette question au premier rang de mes préoccupations. Nous devons nous donner les moyens d’agir avec efficacité, notamment dans le cadre des négociations que nous aurons sur la nouvelle politique agricole commune. La France a été la première puissance agricole d'Europe, elle doit et peut le redevenir. Je fais des propositions fortes pour y parvenir.
  • Quelles que soient les difficultés, la Bretagne ne renonce jamais. Elle préfigure la France que je veux bâtir avec vous. Une France qui conjugue l’efficacité économique, le progrès, la solidarité, la justice sociale et la responsabilité. Une France du plein emploi, comme en Pays de Vitré, cher Pierre Méhaignerie. Une France du dynamisme industriel et de l’excellence agricole. Une France qui se retrousse les manches, qui cherche à se rassembler et à s’entraider plutôt qu’à s’affronter.

 

C’est de cette France, mes chers amis, que je veux vous parler aujourd’hui.

Certains, au Parti Socialiste, prétendent que je voudrais « casser le modèle social français ».

Mais dans quel état est-il, ce modèle français ?

  • 5 millions de Français qui n’ont pas de travail, dont plus d’un million de plus depuis 2012. 
  • un jeune sur quatre au chômage, 
  • des centaines de milliers de travailleurs pauvres,
  • des dépenses de santé de moins en moins bien remboursées et des patients qui doivent parfois renoncer aux soins,
  • des taux d’échec catastrophiques dans le premier cycle de l’Université, c’est cela, ce « modèle français » tellement parfait qu’il ne faudrait pas y toucher ?

Ce modèle ne fonctionne plus !

Il faut voir la réalité en face : nous sommes dans une situation d’extrême urgence économique et sociale. Pendant des décennies, nous avons refusé de faire les ajustements nécessaires pour adapter notre modèle.

Voir la réalité en face, ce n’est pas dire que « ça va mieux » lorsque les faits prouvent le contraire. Le Président de la République actuel a érigé la méthode Coué en principe de gouvernement. Incapable d’agir, il se contente de durer en se disant qu’avec un peu de « bol », comme il dit, ça finira par aller mieux tout seul.

Il ose se présenter comme le gardien du modèle français, alors que, par son inaction, par son impuissance, par ses mensonges, il en est le fossoyeur ! Ceux qui expliquent que je veux mettre à bas le modèle français, ce sont ceux-là mêmes qui le détruisent !

Voir la vérité en face, ce n’est pas faire semblant de préserver ce qui a déjà disparu. C’est réagir, et le faire avec la plus grande énergie, pour enfin aller de l’avant et redonner aux Français des raisons d’espérer. 

Mon ambition, c’est donc de reconstruire un modèle dynamique, adapté au temps présent ;

un modèle efficace, au bénéfice de tous nos compatriotes ;

un modèle juste, qui ne laisse personne sur le bord du chemin.

 

Ce nouveau modèle français, nous devons le refonder sur des convictions solides.

 

La première de ces convictions, c’est que le travail donne un sens à la vie. Je veux qu’il y ait du travail pour tous ceux qui en cherchent. Je veux que la France avance vers le plein emploi. 

Mon ennemi, c’est le chômage, car il est la source des inégalités, de la pauvreté, de l’exclusion de la vie sociale. Le chômage, c’est la désespérance.

Comment le combattre ? D’abord, en faisant confiance à ceux qui créent des emplois, en permettant à tous ceux qui le veulent d’entreprendre. Je suis heureux de constater que la génération actuelle le souhaite ardemment. L’Etat doit offrir à chacune et à chacun les meilleures conditions pour exercer cette liberté.

Je veux donc libérer le monde économique des carcans qui l’entravent. Baisser les prélèvements qui pèsent sur les entreprises et les investissements, c’est ce qui a permis dans toute l’Europe de revenir au plein emploi :

  • diminution de la fiscalité qui pèse sur les entreprises,
  • réforme du droit du travail,
  • libre négociation du temps de travail,
  • smic à zéro charges patronales dès 2017,
  • allégement de 2 milliards d’euros des charges pour les indépendants et de 600 millions pour les services à la personne. 

Tout cela, nous n’avons pas osé le faire avant 2012 : je le ferai dès le début du mandat.

C’est aussi pour faciliter la création d’emploi que je veux mettre en place un « CDI sécurisé » : aujourd’hui, 85% des embauches se font en CDD. Si les conditions d’une rupture éventuelle du contrat sont définies par avance, l’employeur n’hésitera plus à recruter, et le CDI redeviendra la norme.

 

Ma deuxième conviction, c’est que pour viser l’efficacité maximale, il faut toujours rechercher la simplicité. Or, depuis trop longtemps, l’Etat s’ingénie à faire le contraire. Nous devons donc mener un immense effort d’élagage du maquis des normes et des procédures.

M. Hollande n’a pas respecté la plupart de ses promesses : heureusement ! C’est encore pire lorsqu’il les tient ! Souvenez-vous du « contrat de génération », qu’il nous avait présenté comme un remède miracle : ce qui était une mauvaise idée dès le départ s’est transformé à l’arrivée en échec total, à cause de la complexité ahurissante du dispositif !

C’est la même chose avec le « compte pénibilité » : un cauchemar bureaucratique. Il sera supprimé, nous reprendrons tout à la base.

Pour simplifier, il faut rendre plus compréhensibles les mécanismes existants, si souvent opaques. Ainsi, les entreprises connaissent trop mal les aides dont elles peuvent bénéficier si elles recrutent un chômeur : chaque demandeur d’emploi disposera d’un « chèque emploi », où toutes les aides liées à son embauche figureront noir sur blanc.

Et pour plus d’efficacité, il faut aussi en finir avec l’instabilité de la législation sociale, casse-tête pour les Français comme pour les entreprises. 

C’est pourquoi je propose d’instituer un « droit à l’erreur » pour les entreprises dans leurs relations avec les URSSAF. Nul n’est censé ignorer la loi : mais quelle petite entreprise, quel artisan peut être au courant de toutes les lois, de tous les décrets et de toutes les circulaires, lorsqu’ils sont innombrables et qu’ils changent tout le temps ?

Plus largement, à l’heure du numérique, ce n’est pas aux Françaises et aux Français de s’adapter aux besoins des services publics, c’est aux services publics de s’adapter à leurs besoins ! Ils doivent proposer des services personnalisés, adaptés à la situation de chacun, et pas un traitement de masse indifférencié et souvent inadapté. 

 

La troisième conviction que je crois essentielle pour refonder le modèle français, c’est que rien n’est possible sans l’éducation et la formation pour tous.

C’est le sens de mes propositions pour lutter contre les inégalités scolaires qui apparaissent dès les petites classes et conduisent trop d’enfants au décrochage.

C’est aussi pourquoi je veux créer les conditions pour adapter notre Université aux défis de la compétition mondiale des savoirs.

Et parce que la formation doit déboucher sur l’emploi, je veux faire de l’apprentissage une véritable filière d’excellence : tout le contraire du gouvernement socialiste, qui en a raboté les crédits au profit de dispositifs inutiles, onéreux et illisibles, comme les prétendus emplois « d’avenir ».

Nous lèverons toutes les barrières, y compris culturelles, qui freinent le développement de l’apprentissage. Nous rendrons le système plus simple, plus souple et plus réactif, en donnant un rôle plus important aux entreprises dans la définition de la carte des formations, pour mieux les adapter aux bassins d’emploi.

Il faut surtout donner du prestige, de la noblesse à l’alternance. Pierre Méhaignerie a eu raison de se battre pour créer ici l’Université des Métiers.

Pour atteindre le plein emploi, il faut aussi ouvrir les portes des entreprises à des personnes qui sont au chômage depuis si longtemps qu’elles n’ont que très peu de chance d’être embauchées.

C’est pour elles que je veux mettre en place un Pacte pour le retour à l’emploi en entreprise. Pendant une durée significative, 6 mois à un an, elles pourront reprendre pied dans le monde du travail, en travaillant en entreprise et en bénéficiant si nécessaire d’une formation. Ce ne sera pas une simple période d’immersion : cela leur permettra d’acquérir une nouvelle expérience, à faire valoir sur le CV.

Durant cette période, elles recevront, outre une indemnité de la part de l’entreprise, tout ou partie de l’aide sociale qui leur était accordée jusque-là.

 

La quatrième conviction autour de laquelle devra se reconstruire le nouveau modèle français, c’est que les familles, dans leur diversité, resteront toujours la cellule de base de la société.

Les familles ont été maltraitées par le gouvernement socialiste. Après cinq ans de politique familiale de gauche, agir pour les familles, c’est… rétablir une vraie politique familiale !

C'est le sens de mes propositions pour le quotient familial. Il sera relevé très significativement dès 2017. C’est une mesure de justice pour 1,3 million de foyers qui ont subi à la fois la réduction du plafond du quotient familial et la mise sous conditions de ressources des allocations familiales. 

Pour une famille de trois enfants, cela se concrétisera par une baisse d’impôt pouvant aller jusqu’à 4 000 euros par an. 

Il faut aussi permettre à tous les parents, et notamment à ceux aux revenus modestes, de préparer convenablement l’accueil de leur futur enfant : le versement de la prime à la naissance sera effectué dès le 7ème mois de grossesse et non plus, comme c’est le cas depuis 2015, deux mois après la naissance. 

Et je veux soutenir l’emploi de gardes d’enfants à domicile grâce à des allègements de charge en faveur des particuliers employeurs.

 

Mes chers amis,

Le modèle français consolidé que je propose, celui qui nous mènera au plein emploi, c’est un modèle qui met la solidarité au cœur des devoirs de la Nation. Un modèle qui aide réellement celles et ceux qui connaissent des difficultés. Je veux une société solidaire. Mais je refuse la société d’assistance généralisée que proposent les socialistes, et qui maintient les personnes dans la précarité.

Il n’y a pas de solidarité durable sans esprit de responsabilité : solidarité et responsabilité sont les deux faces d’une même médaille.

Pour consolider le modèle français, notre première responsabilité, c’est évidemment de s’assurer qu’il est viable dans la durée, et donc qu’il est financé. Il faut parfois répéter des évidences : pour redistribuer, il faut d’abord produire… et il faut arrêter de mentir aux Français !

François Hollande se présente dorénavant comme le « sauveur de la Sécu ». C’est un mensonge, un de plus !

La vérité, c’est que la légère amélioration des comptes du régime général est avant tout le fruit des réformes, notamment en matière de retraites, menées par des gouvernements de droite, ceux d’Edouard Balladur, de Jean-Pierre Raffarin et de François Fillon. 

La vérité, c’est que le gouvernement maquille les comptes et met sous le tapis toute une série de dettes sociales.

La vérité, c’est qu’il « oublie » d’évoquer les dépenses nouvelles, non financées, qu’il laissera à ses successeurs, autant de lézardes dans notre édifice social. 

Je veux pour ma part mener à bien des réformes parfois difficiles, mais qui assureront aux nouvelles générations un niveau de garantie équivalent à celui dont ont bénéficié les précédentes.

Tout d’abord, je veux sauver définitivement notre régime de retraites par répartition. Si nous continuons à faire ce que fait M. Hollande, c’est-à-dire rien, nous infligerons une véritable « double peine » aux jeunes actifs, en augmentant les prélèvements pour financer les retraites d’aujourd’hui, avant de baisser les pensions au moment où eux-mêmes partiront à la retraite !

C’est pourquoi, dès le début du mandat, je lancerai la réforme des retraites, avec un âge de départ relevé à 65 ans d’ici à 2026 et des retraites progressivement alignées entre le public et le privé, pour les nouveaux recrutés. Ainsi, nous garantirons le niveau de vie des retraités d'aujourd'hui tout en mettant en place les conditions d’une vraie équité entre générations et entre les retraités eux-mêmes.

Dans ce domaine comme ailleurs, c’est en faisant preuve de responsabilité que nous pourrons renforcer la solidarité, en finançant le départ en retraite de ceux qui ont commencé à travailler tôt et en améliorant les petites retraites, en particulier le minimum vieillesse, que je veux revaloriser progressivement de 10%.

L’esprit de responsabilité, c’est aussi ce qui doit nous guider en ce qui concerne l'assurance chômage. Il est indispensable de rétablir l’équilibre financier de l’Unedic.

L’immense majorité des demandeurs d’emploi recherchent un travail et sont prêts à accepter une offre raisonnable, mais ce n’est pas le cas d’une minorité. Il faut que l’incitation au retour à l’emploi soit réelle.

C'est pourquoi je propose, si les partenaires sociaux ne prennent pas leurs responsabilités, une dégressivité de l’allocation-chômage. C'est la condition pour retrouver l'équilibre de l'assurance chômage, et elle s'inscrit bien entendu dans la démarche d'ensemble que je veux mettre en œuvre pour retrouver le plein emploi. 

Il faudra aussi, dans l’intérêt de tous, mettre en place un contrôle accru : les demandeurs d’emploi bénéficieront d’un carnet numérique de recherche d’emploi, sur lequel s’inscriront les démarches entreprises et les entretiens d’embauche réalisés.

Et il faudra sanctionner ceux qui ne recherchent pas activement du travail. Mais il faut aider tous ceux, de très loin les plus nombreux, qui cherchent activement un emploi, en redonnant au service public de l’emploi toute son efficacité. 

Notre modèle social, c'est aussi l'assurance-maladie. Pour la conforter, je refuse de diminuer les taux de remboursement : ce serait une profonde injustice, qui frapperait d’abord les Français les moins aisés et les classes moyennes. Je veux au contraire maintenir le taux de prise en charge, parce qu'il est inacceptable que l’on renonce à se soigner pour des raisons financières ou parce qu’on ne trouve pas de médecin près de chez soi.

Face à cette situation le gouvernement actuel, faute de solutions, a préféré envoyer de mauvais messages aux Français, comme celui d'une gratuité illusoire avec le tiers payant généralisé.

Je ne veux pour ma part ni entretenir cette illusion – et je mettrai fin au tiers payant généralisé –, ni, je le redis, baisser les remboursements. Bâtir un système de santé plus efficace au meilleur coût, c’est possible ! Nous y parviendrons en faisant de la prévention une priorité majeure de la politique de santé, en donnant plus d’autonomie budgétaire aux hôpitaux et surtout en développant la chirurgie ambulatoire, où la France accuse un considérable retard sur ses voisins.

Nous y parviendrons aussi en appliquant la tolérance zéro contre les abus et contre la fraude. C’est pourquoi, par exemple, je remettrai en cause l’AME, l’aide médicale d’Etat, en la réservant strictement aux situations d’urgence.

C’est la même logique de responsabilité et d’équilibre des droits et des devoirs qui doit prévaloir pour le RSA.

Ce devrait être un revenu minimum garanti une fois le reste pris en compte.

Aujourd’hui, le RSA sert de déclencheur à d’autres aides, notamment locales : l’ensemble des aides sociales sera plafonné, ce qui évitera de procurer un niveau de vie supérieur à celui du travail. Et les bénéficiaires du RSA devront accepter les propositions d’emploi ou de formation qui leur seront faites. Le refus sera sanctionné par un retrait de l’allocation. 

Enfin, il est clair que cette logique d’équilibre des droits et des devoirs, de solidarité et de responsabilité, dépasse le cadre purement français. Je le dis avec la plus grande fermeté : je veux mettre fin au « dumping social » qu’ont permis les textes européens sur le détachement des travailleurs de l’UE. 

Si l’on vient travailler en France, ce sont les cotisations sociales françaises qui doivent être payées, pas les cotisations sociales du pays d’origine au taux du pays d’origine.

Ensuite, je veux lutter contre le « tourisme social », notamment celui de résidents communautaires qui ne travaillent pas. Aucune aide sociale non contributive ne doit pouvoir être versée à ceux qui sont en France sans avoir travaillé, ni à ceux qui n’ont travaillé que trop brièvement, c’est-à-dire moins d’un an. Il faut aussi vérifier beaucoup plus sérieusement la régularité du séjour, et mobiliser pour cela les Préfectures.

Enfin, au-delà du cadre communautaire, il faut lutter contre les doubles résidences. La législation actuelle est beaucoup trop laxiste. Une personne peut bénéficier de l’allocation logement alors qu’elle est absente de France pendant 4 mois. Il faut réduire significativement cette période.

 

Mes chers amis,

Depuis deux ans, je parcours la France dans tous ses territoires.

J’ai eu d’innombrables occasions de constater à quel point nous sommes un peuple généreux, et j’en tire autant de raisons d’être optimiste pour notre avenir : nous sommes une nation où des centaines de milliers de Françaises et de Français se dévouent corps et âme, sans rien attendre en retour, pour leurs semblables dans la peine, dans l‘isolement ou dans le besoin. 

Qu’adviendrait-il de notre dispositif de lutte contre les incendies sans le dévouement admirable, partout en France, des pompiers volontaires ?

Comment ne pas saluer comme il le mérite l’engagement de nos jeunes pour des causes humanitaires, sur le territoire national et partout dans le monde ?

Et quelle serait la solitude de tant de personnes âgées, notamment dans le monde rural, sans ces milliers de bénévoles qui les soutiennent par leur présence, leur écoute et leur aide attentive ?

Cette richesse humaine est une immense chance. Elle fera la force de notre politique sociale qui, parce que nous aurons enfin retrouvé les marges d’action et l’équilibre budgétaire et financier nécessaires, montrera que la France a conservé son visage de toujours.

Celui d’un pays qui sait faire preuve d’une authentique générosité, d’une vraie fraternité, et d’abord envers les plus fragiles.

Ainsi, nous devrons faire de nouveaux progrès pour améliorer la situation des personnes handicapées, pour leur ouvrir les portes des écoles, de l’enseignement secondaire et supérieur, et des entreprises. 

Nous devrons également, lors du prochain quinquennat, apporter une réponse durable à la question toujours évoquée, jamais réglée, du grand âge et de la dépendance

Avec plus de 27 milliards d’euros consacrés par la puissance publique, la France est l’un des pays qui investit le plus pour la prise en charge de ses anciens. Cette dépense sera amenée à croître encore davantage : la France compte aujourd’hui 1,5 million de personnes âgées dépendantes, elles seront 3 millions en 2060.

Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas ! 

Malgré l’effort déjà accompli, beaucoup de Français sont confrontés chaque jour à des situations dramatiques, qui suscitent chez eux une légitime colère : par manque d’aide, la personne âgée dépendante, seule après le décès du conjoint, doit quitter la maison familiale pour rejoindre un établissement qui n’est pas forcément proche. Il en résulte une charge élevée. Bien sûr, les enfants participent financièrement quand ils le peuvent, mais ils sont parfois contraints de vendre la résidence familiale pour faire face à cette charge. 

Soyons lucides : la France n’offre pas de conditions de vie décentes à tous ses aînés. Les solidarités familiales se distendent. Les aidants familiaux assument des situations éprouvantes. Or, nos aînés sont nos racines. Nous avons le devoir de nous occuper comme il se doit de nos parents jusqu’à la fin de leur vie. C'est une question de dignité élémentaire dans toute société humaine.

Pour y parvenir, il faut là aussi combiner l'esprit de solidarité et celui de responsabilité.

La solidarité, c'est celle que nous devons aux familles qui sont d'ores et déjà confrontées à la dépendance lourde de leurs aînés et pour lesquelles le reste à charge est très élevé :  jusqu'à présent, les gouvernements successifs n'ont pas su anticiper et trouver les bonnes réponses. Pour celles qui ont des revenus modestes ou moyens, je mettrai donc en place une « garantie dépendance » qui permettra de minimiser le reste à charge en cas de dépendance lourde et durable. Et cela sans compromettre la transmission d’un héritage lorsqu’il est modeste. 

Mais cet appui ne permettra pas à lui seul de faire face dans la durée aux besoins qui sont devant nous. Au-delà de ce socle nécessaire de solidarité, je veux là encore en appeler à l'esprit de responsabilité.

La responsabilité, c'est d'inviter les Français à anticiper ce risque qui, s'il n'est jamais certain, reste malheureusement très probable. Si la solidarité nationale devra rester la règle pour les fortes dépendances, il faut introduire le principe de l'assurance pour les autres situations. Cette assurance devra permettre le versement d'une rente ou d'un capital afin que nos aînés puissent rester le plus longtemps possible chez eux à la maison, et y procéder aux aménagements nécessaires. Cela leur permettra aussi de faire face au fort reste à charge en établissement. 

Les modalités de cette assurance seront arrêtées à l'issue d'une concertation avec l'ensemble des acteurs de la dépendance, qu'ils soient publics ou privés. Je veillerai à ce que l'Etat joue pleinement son rôle de régulateur du secteur en orientant les aides publiques, existantes et nouvelles, vers les formules les plus adaptées.

Il faudra envisager un dispositif fiscal pour inciter nos concitoyens à s'assurer : je suis convaincu que nous pourrons financer un tel dispositif grâce aux économies qui résulteront d'une meilleure gestion de la dépendance, à commencer par un maintien accru à domicile.

J'en prends l'engagement devant vous, et chacun sait que je suis économe de promesses : à l'issue du prochain quinquennat, les Français bénéficieront enfin de la couverture dépendance qu'ils méritent !

 

J’entends parfois parler de conflit entre les générations.

Je ne me résigne pas à cette perspective.

Anticiper les besoins d’une population vieillissante, ce n’est évidemment pas ignorer les difficultés que rencontrent trop souvent les jeunes Français. 

Je salue ici les Jeunes avec Juppé, les JAJ, qui m’apportent chaque jour leur énergie, leur joie de vivre, et leurs idées précieuses !

Nous avons travaillé ensemble à bâtir un programme qui réponde aux attentes des jeunes, de tous les jeunes, qu’il s’agisse de leur formation, de leur logement, de leur accès à la santé, en les exonérant par exemple de cotisation à la sécurité sociale. 

Au-delà des populations qui méritent une attention particulière de la Nation, je ne veux pas oublier une autre forme de fragilité, celle qui frappe certains de nos territoires.

Je sais que la ruralité française est en désarroi, en souffrance même. J’ai longuement échangé avec les élus de nos communes rurales, de nos villes moyennes, qui se sentent abandonnées, voire méprisées, par les gouvernants et les administrations centrales. 

Je ne veux pas laisser s’élargir le fossé entre le France des métropoles, en pleine expansion, et celle des territoires oubliés.

Je veux lancer une ambitieuse politique de rééquilibrage qui repose sur plusieurs piliers :

  • l’accélération de la couverture intégrale des territoires en téléphonie mobile et en très haut débit Internet ;
  • la préservation des services publics locaux autour du bureau de poste ou du commerce buraliste ;
  • une offre accrue de structures d’exercice collectif de la médecine pour faire reculer les déserts médicaux ;
  • le soutien à l’agriculture dont je vous ai parlé ;
  • et la création de zones franches rurales, sur la base des projets de développement élaborés par les territoires eux-mêmes. 

En d’autres temps, nous avons agi contre la division entre Paris et le désert français.

Je ne veux pas d’une fracture entre les métropoles et le désert français !

 

C’est ici, depuis la Bretagne, terre du travail, du courage et de la ténacité, terre de tradition et d’innovation à la fois, que je veux m’adresser à tous les Français.

Peuple de France, il est temps de te ressaisir et de reprendre confiance !

Il est temps de vaincre tes peurs et la terreur que veulent semer les barbares, en allant résolument au combat pour notre sécurité et nos valeurs !

Il est temps de faire reculer le chômage jusqu’au plein emploi pour sauver notre modèle social !

Il est temps d’agir contre les inégalités et les injustices qui heurtent si profondément ta générosité naturelle et ton exigence de fraternité ! 

Il est temps de choisir entre le défaitisme qui ne conduit à rien et l’optimisme de la volonté qui nous rendra l’espérance.

Comme vous, j’ai choisi.

J’ai choisi l’optimisme.

J’ai choisi l’espérance.

Vive la Bretagne !

Vive la France !