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Merci à vous tous qui m'avez soutenu

[VIDÉO] Discours d'Alain Juppé sur l'État à Lyon

Discours d’Alain Juppé sur L’État au XXIème Siècle, prononcé à Lyon-Villeurbanne le 29 septembre 2016

Seul le prononcé fait foi.

Merci cher Michel (Havard) pour ton accueil dans cette belle région lyonnaise,

Merci, chère Marie-Hélène (Thoraval, maire de Romans-sur-Isère) pour ton enthousiasme et ton travail à mes côtés. L’appel que tu as lancé aux maires de France a été entendu !

Merci, cher Hervé (Mariton), d’être venu de ta Drôme voisine pour me réaffirmer ton soutien précieux. Je sais depuis longtemps que tu es un homme de convictions. Nous avons longuement échangé sur ton projet pour la France. Nous avons de nombreux points d’accord, et aussi des différences d’approche, des désaccords parfois. J’aurais souhaité, tu le sais, que tu puisses porter ton projet au cours de notre primaire, et nous avons tous admiré la dignité avec laquelle tu as pris acte de la décision de la Haute Autorité de la primaire.

Mais je me réjouis que tu puisses enrichir ma réflexion avec tes idées toujours créatives et argumentées. Sois le bienvenu, Hervé.

Merci cher Laurent (Wauquiez), Monsieur le président de région, pour ta présence ce soir, qui illustre ta volonté d’assurer, à la place qui est la tienne, l’équité de notre primaire ouverte. Nous avons, nous aussi, des différences de vues, chacun le sait, ce qui ne nous a jamais empêché de dialoguer. Et nous avons bien des points communs : par exemple, nous n’aimons pas, ni toi ni moi, les robinets d’eau tiède. Voici un premier point d’accord ! Je suis certain que nous en trouverons d’autres !

Merci à mes amis parlementaires et élus que j’aperçois, au premier rang desquels Hervé Gaymard, cheville ouvrière de mon projet pour la France, et mon ami Bernard Accoyer, venu lui aussi en voisin, compagnon de tant de combats, passés et à venir.

Mes chers amis,

Je suis heureux de vous retrouver ce soir ici à Villeurbanne, si près de cette belle ville de Lyon, capitale historique – par les temps qui courent, je m’en voudrais de ne pas rappeler qu’elle fut, il y a bien longtemps, la capitale des Gaules – capitale de région, métropole européenne, l’un des symboles du rayonnement culturel et économique de la France.

Merci à vous tous qui êtes venus si nombreux pour me soutenir ! J’ai besoin de votre mobilisation pour parcourir le chemin qui va nous mener à la victoire lors de la Primaire ouverte de la droite et du centre les 20 et 27 novembre prochains !

Nous le savons tous : ce sera la première étape de l’élection présidentielle.

Tout le monde pourra voter, sans présenter la carte d’un parti politique, tous ceux qui veulent le changement en 2017. Dites-le autour de vous, profitez de chaque occasion : celui ou celle qui sera désigné(e), j’espère que vous me ferez confiance, doit être porté par un élan irrésistible, une légitimité populaire inédite dans notre camp.

*

Après cette première étape, décisive, les Français choisiront en mai prochain le Chef de l’État. Dans nos institutions, c’est le choix suprême. Encore faut-il, aurait dit le Général de Gaulle, que ce soit un vrai chef, et qu’il y ait un État.

Un vrai chef, un chef digne de ce nom, c’est un Président qui préside avec autorité, avec courage, avec dignité. Qui fixe le cap. Qui donne les grandes orientations. Qui prend les décisions majeures, celles qu’il aura présentées sans démagogie au cours de la campagne, et qui s’assure qu’elles seront mises en œuvre avec rapidité et efficacité.

Mes chers amis, nous en sommes conscients, le président élu devra prendre des décisions fortes, parfois difficiles, mais qui sont la condition du sursaut de la France.

Dans cette campagne, je veux porter cette espérance. Je veux expliquer sans relâche que oui !, la France peut retrouver élan et grandeur. Je ne joindrai pas ma voix à celles des Cassandre qui prospèrent sur les peurs et les nostalgies.

Je veux rendre à la fonction présidentielle sa dimension, son exigence, sa dignité, trop souvent mises à mal ces dernières années.

J’ai la volonté, avec votre soutien, d’incarner une certaine idée de l’Etat.

*

Nous autres Français, nous attendons beaucoup de l’État. Peut-être parce que chez nous, contrairement à beaucoup de nos voisins, c’est autour de lui que s’est constituée la Nation.

Nous entretenons avec lui une relation ambivalente.

Nous sommes heureux qu’il nous protège et nous guide dans les moments difficiles, heureux qu’il assure à nos enfants une éducation de qualité, heureux qu’il veille sur ceux qui sont malades ou démunis, heureux qu’il maintienne la présence des services publics sur tout le territoire.

Mais dans le même temps, nous pestons contre ses lourdeurs, son inefficacité, ses incohérences, son inconséquence budgétaire. Et nous avons raison : notre déception est, au fond, à la hauteur de nos attentes, qui sont grandes.

Notre État connaît une crise profonde. Nous avons laissé s’installer la défiance. Défiance envers l’État quand ses administrations traitent tout entrepreneur comme un délinquant en puissance.

Défiance envers l’État quand il empêche l’artisan de travailler et le commerçant d’embaucher.

Défiance envers l’État quand il interdit à ceux qui veulent travailler plus de travailler plus.
Défiance quand certains de nos meilleurs talents choisissent de quitter le pays parce que c’est ailleurs qu’ils peuvent exprimer tout leur potentiel.

Bien sûr, cette situation ne date pas d’hier. Mais les quatre dernières années l’ont considérablement aggravée. Ce n’est pas moi qui le dis : 9 Français sur 10 ne souhaitent pas que François Hollande soit candidat l’an prochain.

9 Français sur 10, excusez du peu !

Depuis mai 2012, les Français, désemparés, ont assisté à un affaiblissement continuel de l’autorité du chef de l’État et de la crédibilité du gouvernement.

Cela ne peut plus durer.

Alors, je me fixe un premier objectif : celui de rétablir la confiance.
La confiance en nous-mêmes.
La confiance entre nous.
La confiance dans l’État et dans ceux qui incarnent l’autorité publique : les forces de l’ordre, nos policiers, nos gendarmes. Nos soldats. Nos juges. Nos élus. Nos maires.

Et, bien sûr, notre futur Président !

Je sais bien que le chemin sera long et difficile.
Depuis deux ans, je parcours la France dans tous ses territoires. Et à force d’entendre les mêmes choses, j’ai fini par mettre des mots sur ce malaise : l’État est trop absent lorsqu’il devrait être présent, et trop présent lorsqu’il devrait être modeste.

Malgré le courage admirable de nos forces de l’ordre, parfois au péril de leur vie, il est trop absent là où il devrait être le plus présent : pour nous protéger au quotidien contre les incivilités et la délinquance qui rendent la vie des Français si difficile, et, bien sûr, face aux menaces terroristes exceptionnelles qui pèsent sur nous.

Et il est omniprésent là où nos compatriotes n’aspirent qu’à la liberté, avec un interventionnisme économique brouillon, des procédures tatillonnes, une bureaucratie d’un autre âge, une fiscalité confiscatoire! Confronté aux bouleversements économiques, il est toujours en retard. Au lieu d’anticiper les évolutions et de préparer l’avenir, il se contente le plus souvent de subir. Et quand il agit, c’est à contretemps. Georges Pompidou, qui connaissait notre langue mieux que personne, avait résumé crûment ce constat: «Arrêtez d’emmerder les Français ! »

Dans tous mes déplacements, j’ai ressenti de la frustration, de l’incompréhension, parfois même de la révolte. Mais j’ai aussi ressenti l’envie, l’envie d’entreprendre, l’envie de réussir. Il y a une énergie extraordinaire en France, qui ne demande qu’à être libérée.

Alors, allons-y ! Transformons l’Etat ! Libérons les énergies !

Je veux un État fort, puissant, là où lui seul peut agir, et nous en avons plus que jamais besoin face à la montée des périls. Mais je veux aussi un État discret et modeste, là où d’autres sont plus efficaces que lui, au service de l’économie et de l’emploi.

*

Un État fort, c’est d’abord un État qui assure l’ordre et garantit la sécurité des Français. La sécurité est la première de nos libertés : elle doit être garantie en tous temps et en tous lieux. Elle n’est pas négociable. Sans elle, rien n’est possible. Sans elle il n’y a pas de société, pas de nation.

Vous le savez bien : il y a urgence ! Il faut redonner à l’État les moyens d’assurer la sécurité des Français, à l’extérieur de nos frontières comme à l’intérieur, et il faut le faire tout de suite!

Les défis à relever n’ont jamais été aussi lourds. Et pourtant, au fil de la dernière décennie, la France a baissé la garde. Il a fallu les événements tragiques de ces derniers mois pour que le Gouvernement s’en avise.

Au fil des années, la France a été mise en risque, et je ne peux l’accepter. Je donnerai à nos armées les moyens d’assumer les missions qui leur sont fixées et la nation consentira, dans la durée, les efforts budgétaires nécessaires. Cela permettra de restaurer la capacité opérationnelle de nos forces, de consolider notre industrie de défense et de préparer le renouvellement de notre dissuasion nucléaire.

La défense de la France repose d’abord et avant tout sur des femmes et des hommes. J’ai confiance dans nos soldats et dans leurs chefs. Tous ensemble, ils forment l’une des meilleures armées du monde. Depuis que nous affrontons l’ennemi djihadiste, plus de 200 de nos soldats sont tombés au combat et près de 1800 ont été blessés ! Nous leur devons respect, gratitude et solidarité envers leurs familles.

On me demande parfois si, en ces temps troublés, je suis favorable au rétablissement d’un service militaire obligatoire. Il y a vingt ans, avec le Président Chirac, pour qui j’ai ce soir une pensée affectueuse, nous avons procédé à l’indispensable professionnalisation de nos armées.

Si l’on voulait rétablir un service militaire obligatoire, il concernerait plus de 750.000 jeunes gens et jeunes filles, chaque année. Nos armées n’ont à l’évidence pas les moyens de gérer un tel flux. Elles n’en ont pas non plus la vocation, sauf à mettre en danger leur mission première, qui est d’assurer la défense de notre territoire et de nos intérêts vitaux.

Ce qui est vrai en revanche, c’est que le service civique n’a pas connu un développement suffisant. Il faut le faire monter en puissance, et s’inspirer aussi de ce qui fonctionne bien, comme le service militaire adapté, le SMA : outre-mer, il donne d’excellents résultats pour l’insertion de jeunes en difficulté.

Dans l’Hexagone, des expériences ont été lancées au titre du service militaire volontaire, dont les résultats sont encourageants. C’est la même chose pour l’EPIDE, l’établissement pour l’insertion dans l’emploi : une vingtaine de centres fonctionnent aujourd’hui, certains remarquablement, comme à Bordeaux.

Je développerai, sur la base des expériences en cours, toutes les formes de service civil de façon beaucoup plus volontariste que ce qui a été fait jusqu’ici.

Le cœur des fonctions régaliennes de l’État, c’est évidemment aussi la sécurité au quotidien. Cet après-midi même, je suis sorti rasséréné, et fier, de ma rencontre avec les élèves de l’Ecole supérieure nationale de la police à St-Cyr- au-Mont-d’Or : j’y ai vu les policiers de demain, courageux, déterminés, le sens de l’Etat chevillé au corps.

Je veux que les forces de l’ordre soient sur le terrain, pour mieux contrer les menaces et lutter efficacement contre la criminalité et la délinquance. Pour cela, nous recruterons des personnels civils chargés des tâches administratives qui mobilisent aujourd’hui inutilement gendarmes et policiers, au détriment de leur mission essentielle : la sécurité des Français.

Et puis il y a bien sûr la lutte contre le terrorisme. Face à la barbarie, il faut être impitoyable. D’abord, il ne faut pas avoir peur d’appeler l’ennemi par son nom. Ces assassins de masse ne sont pas des «déséquilibrés». Ce sont des terroristes barbares. Face à eux, le fatalisme ne saurait être une politique. Les Français exigent que nous gagnions ce combat. Je veux le mener jusqu’à l’élimination de toute menace, dans le cadre de l’Etat de droit, qui permet des mesures exceptionnelles dans des circonstances exceptionnelles.

Nous devons pouvoir arrêter et mettre hors d’état de nuire toute personne qui s’est rendue dans une région où sévit le terrorisme islamiste, ou même qui ont manifesté l’intention de le faire.
Nous devons reconstituer le renseignement territorial, gravement affaibli depuis dix ans, - au point que l’on n’arrive plus à capter les « signaux faibles » que faisaient remonter, naguère, les Renseignements Généraux -, et intégrer pleinement la gendarmerie dans la communauté du renseignement.

Je créerai une police pénitentiaire, que les personnels appellent de leurs vœux, et je renforcerai les instances de coordination anti-terroristes.

Quant à la justice, après quatre ans de politique brouillonne et idéologique, c’est un véritable champ de ruine. Les premiers à s’en désespérer, et à le dire publiquement, ce sont les magistrats eux-mêmes. Il faut adapter la réponse pénale à la montée de la criminalité et de la délinquance et redonner tout leur sens aux décisions des tribunaux.

Est-il normal que les peines prononcées en-dessous de deux ans de prison ne soient tout simplement pas exécutées, au point que le sentiment d’impunité n’a jamais été aussi fort ?
Est-il normal que des délinquants récidivistes soient en liberté parce qu’il n’y a pas de place dans les prisons ? 10 000 places de prison seront construites pendant mon quinquennat. Et c’est un chantier qui devra être engagé dès les premiers jours, et non pas, comme l’annonce le Gouvernement, six mois avant la fin du mandat !

Je rétablirai les peines plancher et je supprimerai les réductions automatiques de peines pour remettre les victimes, et non les malfaiteurs, au cœur des préoccupations de l’État.

Enfin, j’engagerai un combat sans merci contre ceux qui refusent les lois et les valeurs de la République, contre les prêcheurs de haine, contre les fondamentalismes.

Je suis très inquiet de constater que, selon une récente étude, plus d’un quart des Musulmans de France, essentiellement des jeunes, sont tentés par un repli communautariste, incompatible avec les principes de la France.

Là-dessus, et vis-à-vis de toutes les dérives d’inspiration salafiste, je serai inflexible. Les mosquées qui diffusent des messages de haine et de refus de l’intégration seront fermées. Le financement des lieux de culte devra être assuré par les musulmans de France eux-mêmes, afin d’éviter des financements venus de l’étranger. Les imams devront prêcher en français. Ils devront prouver, par un diplôme adéquat, qu’ils connaissent tous les fondamentaux de notre République et y adhèrent.

C’est en luttant clairement contre les forces obscures qui s’attaquent à notre civilisation que nous nous donnerons les moyens de recréer une véritable communauté nationale, ouverte et diverse. C’est, à l’évidence, le rôle de l’Etat. C’est aussi son rôle de reprendre la maîtrise des flux migratoires et de faire respecter notre vision de la laïcité.

Mes propositions dans ces deux domaines sont claires et ambitieuses.

*

Un État fort, c’est un État qui garantit le progrès économique et social. Pour cela, il doit savoir gérer de façon avisée la richesse de la nation. Or depuis des décennies, année après année, l’État a dépensé bien plus que ses ressources.
Si l’État français était une famille, il serait en procédure de surendettement.

Si l’État français était une entreprise, il serait en liquidation judiciaire.
Doit-on s’y résigner ? Certainement pas !
Comment l’État pourra-t-il restaurer la confiance, s’il ne montre pas l’exemple ? Comment l’État pourra-t-il assurer ses missions essentielles, s’il ne dispose d’aucune marge de manœuvre, s’il est englué dans une dette chaque jour plus abyssale ?

Là aussi, il y a urgence : il faut impérativement rétablir nos comptes publics. Pas seulement parce que nous en avons pris l’engagement ! Pas pour Bruxelles ni pour les marchés ! Pour nous. Pour nos enfants et nos petits-enfants.

Il faut arrêter de mentir aux Français sur la réalité des déficits et de la dette : depuis quelques jours, le gouvernement socialiste claironne qu’il a « sauvé la Sécu ». C’est un énorme mensonge ! La vérité, c’est que la légère amélioration des comptes du régime général est d’abord le fruit des réformes menées par des gouvernements de droite, notamment en matière de retraites.

La vérité, c’est que le poids de notre dette nous écrase et menace l’avenir de nos enfants.

La vérité, c’est que le Gouvernement présente un budget 2017 fondé sur des prévisions totalement irréalistes. Il trompe les Français.

Je prends le pari que nous trouverons l’an prochain, si comme je crois les Français choisissent le changement, une situation financière bien plus dégradée que prévu.

Cela ne peut plus durer.

Alors, comment faire ?

En cinq ans, on ne peut remédier à tout, mais on peut très profondément inverser les tendances, faire évoluer les mentalités, et donner à la France un nouveau souffle.

Je vois bien chez certains la tentation de combattre les déficits ... en les aggravant et de combattre la dette ... en empruntant encore davantage ! Et ce faisant, de renoncer à l’assainissement de nos finances publiques au nom d’une prétendue politique de relance.

Comme s’il fallait choisir ! Je crois tout le contraire. Je veux que les finances publiques de notre pays renouent durablement avec l’équilibre. Nous le devons à nos enfants. C’est la seule manière de diminuer durablement les impôts et les charges. Et c’est donc la seule manière de renouer avec la croissance.

C’est pourquoi j’ai identifié dans mes propositions économiques et financières entre 85 et 100 mds d’€ d’économies. Cela permettra d’éliminer notre déficit structurel et de financer de manière pérenne les baisses d’impôts et de charges que je propose.

Et pas question de baisser les impôts d’abord et de réduire les dépenses ensuite, comme nous l’avons toujours fait !

A chaque euro de baisse d’impôts devra correspondre un euro d’économies sur les dépenses publiques.

C’est un engagement solennel. C’est la seule manière de réduire durablement le fardeau fiscal des ménages et des entreprises et de restaurer le crédit de l’État.

*

Mes chers amis, je veux un État fort, c’est-à-dire un État concentré sur l’essentiel. Un État qui assume pleinement ses vraies missions. Mais je veux aussi un État qui accepte que dans certains domaines, d’autres soient plus efficaces que lui !

Il en est ainsi pour l’économie et pour l’emploi.

L’État doit accepter une vérité première : les emplois, ce n’est pas lui qui les crée, ce sont les entreprises ! Toutes les entreprises, des plus grandes au travailleur indépendant, en passant par les ETI, les PME, nos agriculteurs, nos artisans et nos commerçants.

Or l’Etat les traite bien souvent comme des coupables ! Pourtant, c’est d’eux que viendra le salut.

Je veux inverser cette logique de défiance.

Le premier devoir de l’État à l’égard de ceux qui travaillent, c’est de créer des conditions favorables. Un chef d’entreprise me disait un jour : « Payer des impôts et des charges, ce n’est pas un problème, à condition que je sache pourquoi je paye, combien je paye et quand je paye ! ». Il avait parfaitement raison ! Et c’est bien le moins que nous lui devons, c’est bien le moins que l’Etat lui doit.

C’est à l’État d’assurer aux entreprises une vraie visibilité, une sécurité juridique et fiscale totale.

C’est à l’État d’alléger le poids écrasant qu’il fait peser sur elles, par des charges excessives et des réglementations trop nombreuses, parfois ubuesques, voire contradictoires.

C’est le sens de mes engagements.

Sortie réelle des 35 heures – et pas en trompe-l’œil.

Baisse du coût du travail.

Réforme du marché du travail avec, notamment, la clarification des conditions de rupture des CDI.

Retour à une taxation raisonnable du capital pour cesser de décourager ceux qui entreprennent.

Par le passé, nous n’avons pas eu le courage de prendre ces décisions. Je les prendrai dès le début de mon mandat.

Et puis, il faut rendre l’Etat plus agile et plus efficace, en clarifiant et en allégeant les normes et les procédures. Vous l’entendez depuis des années, et rien ne vient. Pour ma part, je n’annoncerai pas un Nième «choc de simplification » destiné à rester sans suite. Je m’engage à tailler pour de bon dans le maquis des normes et des réglementations.

Ma première conviction, c’est que pour simplifier les normes, il faut d’abord simplifier... les administrations elles-mêmes. Produire des normes, c’est leur raison d’être! Je réduirai donc d’un tiers la taille des administrations parisiennes, afin qu’elles cessent d’alimenter la machine infernale à réglementer. En revanche, je musclerai l’État déconcentré : autant le système central est obèse, autant les services locaux de l’État manquent souvent des compétences nécessaires pour traiter les sujets dans nos territoires et répondre aux préoccupations des élus et des citoyens.

Ma seconde conviction, c’est qu’il faut avoir l’intelligence et la modestie de simplifier après avoir écouté. Qui mieux que les citoyens, les professionnels ou leurs représentants pour voir ce qui ne va pas et proposer les transformations nécessaires ?

A l’instar de ce qu’a fait le Président Obama aux États-Unis, je créerai dans chaque administration une plate-forme numérique. Elle permettra à tous ceux qui sont concernés de soumettre directement leurs propositions, au lieu de tambouriner à la porte. Et évidemment, je contraindrai les administrations à répondre.

Jacques Chirac l’a dit un jour : « l’État doit être un garant et non un gérant ».

Il doit être le garant de toutes les libertés, y compris celle d’entreprendre, il doit favoriser la créativité, libérer les capacités du pays.
Comme tous les Français, les entrepreneurs ont besoin de liberté, de stabilité, de visibilité, ils ont besoin que l’État leur donne des marges de manœuvre, de la souplesse.

En un mot : ils ont besoin que l’Etat leur fasse confiance.

Et ils ont besoin que l’Etat joue son rôle : celui de stratège.

Un État stratège, c’est un Etat capable de penser l’organisation économique et sociale sur le long terme. D’anticiper les évolutions. De soutenir les activités porteuses d’avenir et créatrices d’emplois. De préparer la France à la transition vers la nouvelle économie.

Il ne s’agit certainement pas d’interférer à tout propos dans la vie des entreprises, de jouer à l’actionnaire avisé tout en se bornant à gesticuler quand surviennent des difficultés qu’on n’a pas vu venir, comme on l’a vécu récemment pour Alstom.

Croyez-vous qu’Apple, Google ou Facebook ont été créées sur décision de la Maison Blanche ? Evidemment non ! Mais la puissance publique américaine a su favoriser le terreau dans lequel ces entreprises ont pu germer puis s’épanouir.

Je veux faciliter réellement la tâche des entreprises, notamment à l’exportation, créer des écosystèmes favorables à l’expression de nos initiatives et de nos talents, et aussi organiser les conditions dans lesquelles le dialogue social peut s’instaurer au sein des entreprises pour assurer leur pérennité, comme c’est le cas en Allemagne.

*

Mes chers amis, ce soir, je souhaite aussi m’adresser directement aux 5,6

millions de Français qui animent le service public au quotidien.

Présider l’État, c’est être son premier serviteur. C’est être le chef de tous ceux qui, dans les trois fonctions publiques, auront à mettre en œuvre la politique que j’aurai proposée aux Français.

Le Président doit diriger les fonctionnaires, et pour cela commencer par leur témoigner le respect qu’ils méritent.

Vous tous, qui veillez à notre sécurité ;
vous qui éduquez nos enfants ;
vous qui soignez ;
vous qui accompagnez nos anciens ;
vous qui assurez un service de proximité au cœur des territoires ;
vous qui êtes auprès de nos concitoyens et les guidez dans les moments heureux ou les passages difficiles de la vie :

vous toutes et vous tous, soyez assurés de ma considération et de mon soutien !

Autant nos concitoyens se défient de plus en plus de ceux qui dirigent l’État, autant ils ont confiance dans ceux qui le servent. Et pourtant, le malaise des fonctionnaires est une réalité. Ils souffrent de la complexité réglementaire croissante et de réformes qui s’enchaînent sans explications ni cohérence.

C’est pourquoi ils souhaitent eux aussi une modernisation du service public, et sont prêts à y apporter leur concours.

L’État, qui devrait être un employeur exemplaire, n’a jamais su se doter d’une véritable culture du management. Le meilleur moyen de respecter les fonctionnaires, c’est de leur témoigner de la confiance et de les responsabiliser.

Certains sentent que leur métier est menacé, notamment par les progrès du numérique, quand d’autres doivent faire face à des demandes et à des exigences croissantes. Dans certains domaines, il y a trop de fonctionnaires, et dans d’autres trop peu.

C’est pourquoi je n’appliquerai pas brutalement et partout la méthode dite du « un sur deux », c’est-à-dire le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Donner des coups de rabot uniformes, c’est à la fois trop simpliste et irréaliste.

Comme les entreprises savent le faire depuis longtemps, il faudra d’abord mettre en place une gestion des emplois à long terme, réduire fortement les effectifs là où des tâches peuvent être supprimées ou simplifiées, les maintenir là où les fonctionnaires sont directement au contact du public, faire évoluer la durée du travail et faire reculer l’absentéisme.

Depuis des années, d’innombrables rapports ont inventorié, ministère par ministère, métier par métier, les pistes qui permettraient de rendre son agilité à l’État, de renoncer à des tâches inutiles et de se concentrer sur ce qui essentiel pour nos concitoyens. Je ne lancerai pas un nième processus de cette nature. Je rendrai publiques l’intégralité des propositions déjà faites, et je mandaterai chaque ministre pour qu’il conduise sur cette base les transformations nécessaires.

Là aussi, qui est mieux placé que les fonctionnaires eux-mêmes pour identifier les problèmes et proposer des solutions ?

Encore faut-il les écouter et leur confier l’autonomie nécessaire, comme je veux le faire dans les établissements scolaires ou dans les services de l’État sur le territoire. Et je leur proposerai surtout d’engager la transformation numérique de notre État. Elle est possible, elle est nécessaire, elle sera engagée dès le premier jour du nouveau mandat, et conduite avec les fonctionnaires, pas sans eux ou contre eux. Je m’y engage, devant eux comme devant tous les citoyens.

*

Quelques mots, mes chers amis, sur la méthode de gouvernement que j’appliquerai. J’ai fait de nombreuses campagnes dans ma vie. Depuis deux ans, je suis à l’écoute des Français. J’étais habitué à être questionné sur le contenu de mes propositions, et c’est bien normal. Mais jamais auparavant on ne m’avait autant interrogé sur la manière de les mettre en œuvre. « Ce que vous proposez, OK. Mais comment allez-vous faire ? »

A tort ou à raison, je vois dans cette question récurrente un encouragement : elle démontre que les Français ont pris conscience tout à la fois de la nécessité des réformes et de leur difficulté.

Alors, j’y réponds.

Ma méthode sera mise en place avant même l’élection présidentielle : je préparerai les « cent jours d’avant », et pas seulement les « cent jours d’après ».

Je présenterai aux Français un programme précis, bâti autour d’un nombre réduit d’orientations, dont les instruments de mise en œuvre seront prêts. Il ne s’agit évidemment pas de préjuger du choix des citoyens, mais de trancher les questions essentielles au moment de l’élection présidentielle, et non après. Faute de quoi, nous aurions une nouvelle fois, une fois de trop, un quinquennat pour rien.

Ce qui aura été annoncé avant sera mis en œuvre après.

S’agissant du Gouvernement, je constituerai une équipe soudée de 10 à 12 ministres et 10 à 15 secrétaires d’État, dont un certain nombre pour une mission déterminée. J’annoncerai la structure de mon Gouvernement avant l’élection présidentielle.

Certains appelent de leurs vœux une VIème République. J’ai plutôt le sentiment qu’il est urgent de revenir aux fondamentaux de la Vème, tant l’instabilité ministérielle évoque les mœurs... de la IVème ! Les ministres valsent : en quatre ans, trois ministres de l’Education nationale, trois ministres de la Culture, trois ministres des Affaires européennes !

Sauf accident, et je reconnais qu’ils sont toujours possibles, l’histoire récente en témoigne, je nommerai le Premier ministre et les ministres pour cinq ans. Chacun recevra en début de quinquennat un mandat, celui de mettre en œuvre les choix majeurs arrêtés lors de l’élection présidentielle, et une instruction, celle de se consacrer exclusivement à sa responsabilité.

Quel spectacle nous a offert le gouvernement au cours des derniers mois, sous l’œil d’un Chef de l’État dépassé par les événements et incapable d’asseoir son autorité, avec des ministres soucieux avant tout de faire prospérer leur petite entreprise, au détriment de la cohésion gouvernementale et de l’intérêt général !

Je veux des ministres à plein temps, qui soient les vrais patrons de leurs administrations, et qui mettent en œuvre les choix faits par les Français à l’occasion de l’élection présidentielle. Et ils devront consacrer toute leur énergie à la bonne exécution des réformes : nous pensons trop souvent qu’une réforme annoncée est une réforme faite, alors que c’est tout l’inverse.

Je serai intransigeant sur la bonne exécution des décisions prises.

Voilà ce que seront la méthode et la pratique « Juppé ». Depuis des décennies, combien de responsables politiques ont hésité, tergiversé, reculé, qu’il s’agisse de la transformation de l’Etat ou de tant d’autres sujets !
Je n’hésiterai pas. Je ne tergiverserai pas. Je ne reculerai pas. C’est aussi la raison de mon engagement à accomplir un unique mandat : toute mon action visera non pas à préserver ma popularité, au risque de l’immobilisme, mais à rechercher l’efficacité au service de la France et des Français. Mon premier objectif, c’est la crédibilité. Je n’en démordrai pas: c’est à mes yeux la condition de notre réussite collective.

*

Mes chers amis,
Vous connaissez mon ambition pour la France.

Elle est grande, mais ensemble nous pouvons l’atteindre : mon ambition, c’est de bâtir une société fondée non pas sur la défiance, encore moins sur la confrontation, mais sur la confiance entre tous ceux qui la composent.

Les entreprises et les entrepreneurs, qui créent la richesse et les emplois.

Les collectivités territoriales, et les élus locaux au plus près des citoyens, dont ils connaissent mieux que personne les besoins et les aspirations.

Tous les Français, dans leur diversité, mais unis par la même vision de l’avenir et le même amour de la France, qui doivent être en mesure de libérer leur créativité, leur énergie considérable, pour contribuer au bien commun.

Et bien sûr, l’État. C’est pourquoi je vous l’ai dit ce soir, sans hésitation ni réserves : je veux transformer profondément l’État. En faire à nouveau un État puissant dans les domaines où il est le seul à pouvoir exercer la souveraineté, un État qui se donne les moyens de protéger ses citoyens.

Je veux un État fort lorsqu’il s’agit de pourchasser et de punir ceux qui s’en prennent à la France et aux Français. Mais un État qui respecte les citoyens, et qui se souvienne qu’il est à leur service.

Je veux un État qui inspire le respect parce qu’il est respectable, un État préoccupé du temps long et des générations futures. Mais un État dégagé de l’interventionnisme du quotidien.

Je veux un État qui laisse les Français vivre, entreprendre, innover, créer.
Un Etat puissant mais pas omnipotent. Un Etat présent mais pas omniprésent.

Je veux un État qui tient son rang et celui de la France. Mais un État qui ne tient pas toute la place en France et qui n’étouffe pas ceux qui la font vivre.

Je veux un État qui contribue pleinement à bâtir la société de confiance qui est au cœur de mon projet. C’est ainsi que nous tirerons le meilleur parti des immenses atouts de la France. C’est ainsi que la France renouera avec son destin. C’est ainsi que la France retrouvera toute sa fierté.

Voilà, mes chers amis, l’ambition qui m’anime. Aidez-moi à la bâtir !
Bâtissons-là ensemble !

Vive la France puissante ! Vive la France fière !
Vive la France heureuse !