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Discours d'Alain Juppé sur les enjeux internationaux

Discours d’Alain Juppé sur les enjeux internationaux, prononcé à l'Institut Montaigne le 17 octobre 2016 (seul le prononcé fait foi).

 

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Chers amis,

 

Pour avoir eu l’honneur de conduire à deux reprises notre diplomatie, je ne conçois pas le redressement de notre pays sans une politique internationale qui rende à la France son statut de puissance d’influence mondiale. Je suis en cela fidèle disciple du général de Gaulle. 

Quel est le projet que je propose aux Français ? La réponse tient en quelques mots : faire rayonner, ensemble, la France dans le monde de demain. C’est un espoir que je veux proposer à notre peuple, un espoir que je crois accessible malgré les défis. Je veux rendre à la France sa faculté de peser dans le jeu international ; je veux restaurer sa capacité d’action qui lui permette d’assurer sa sécurité et de défendre ses intérêts dans une mondialisation maitrisée. C’est, je le sais, une demande forte de nos concitoyens.

Une politique internationale ambitieuse, c’est d’abord pour la France une question d’identité. Elle fait partie de notre ADN, avec cette capacité singulière qu’a notre pays à porter un message là où nous n’avons pas seulement d’intérêts nationaux, à se mobiliser pour des causes plus larges comme la paix et la sécurité internationales, une gouvernance mondiale plus juste et plus efficace, la diversité culturelle et le multilinguisme, les droits de l’Homme, les grands défis globaux de demain.

Certains agitent le spectre d’une nouvelle guerre mondiale ; d’autres brandissent la menace d’une guerre des civilisations ou des religions ; d’autres encore sont tentés par le repli nationaliste ou isolationniste ; d’autres enfin tentent de ressusciter les vieilles logiques de blocs et de rivalités entre puissances.

A cette vision, je veux opposer la capacité de notre pays à créer du lien et du dialogue, à promouvoir la règle de droit dans les relations internationales au lieu du rapport de forces.

Une ambition internationale retrouvée pour la France, c’est rendre à nos compatriotes le goût du monde ; leur rendre aussi la conviction que la France peut redevenir un foyer de modernité et d’innovation. Et je pense en particulier sur ce point à notre jeunesse. Je souhaite que nos jeunes, en France ou à l’étranger, soient à nouveau fiers de leur pays. C’est pour cela que je ne me résoudrai jamais à une France recroquevillée, craintive, à la traîne.

C’est un fait que le monde d’aujourd’hui est plus imprévisible que jamais. Une redistribution de la puissance et des équilibres démographiques sans précédent est en cours : l’Europe, et ce qu’on a coutume d’appeler l’Occident ne sont plus le centre du monde et la gouvernance internationale est en panne. Nous sommes confrontés à des défis globaux, comme le terrorisme, la gestion du cyberespace, le changement climatique, l’épuisement des ressources de la planète, les déséquilibres démographiques, la persistance de la pauvreté et les menaces sanitaires nouvelles.

Le monde actuel n’est pas le monde apaisé dont nous avions pu rêver au tournant du siècle dernier. Mais ces défis ne peuvent tous trouver des solutions durables que par le dialogue international.

Pour mettre en œuvre une telle politique étrangère ambitieuse, je crois qu’il y a au moins trois conditions préalables. 

  • La première, c’est d’être capable de dresser le constat du monde lucidement et pas sur un mode anxiogène et paralysant. Il faut déchiffrer et anticiper le monde qui nous entoure avec une claire conscience de nos intérêts et la volonté d’agir pour reprendre en mains notre destin.
  • La deuxième condition, c’est le redressement économique de notre pays. Nous ne pourrons pas avoir d’influence politique durable sur la scène internationale si notre économie reste affaiblie. C’est là aussi une des grandes leçons du Général de Gaulle qui a su conduire en parallèle la modernisation économique de la France et la restauration de sa puissance internationale.
  • Enfin, nous aurons besoin d’appuyer cette politique étrangère sur un outil diplomatique, des capacités de défense et de renseignement dont les moyens auront été préservés ou restaurés. C’est la condition de notre autonomie stratégique et de notre souveraineté, même dans une situation budgétaire difficile. Mon choix est très clair dans ce domaine, je me suis exprimé sur cette question, s’agissant en particulier de nos armées et de notre appareil diplomatique.

Or, ne nous voilons pas la face : la France sort particulièrement affaiblie de la période qui s’achève. L’image de notre pays est dégradée, notre voix s’est affaiblie dans les débats du monde et dans la décision internationale. Notre dette devient une menace pour notre souveraineté. Notre manque de compétitivité a entrainé un affaissement sans précédent de notre commerce extérieur qui n’est pas compensé par la faiblesse de l’euro ou le prix du pétrole. Notre influence politique a reculé en Europe et dans le monde. Notre outil diplomatique est appauvri.

La France a été écartée de grands dossiers qui touchent pourtant sa sécurité, de la Syrie à la crise des migrants. Qui peut aujourd’hui dire quelle est la ligne de force de notre politique étrangère ?

Je voudrais esquisser avec vous les priorités majeures qui sont les miennes pour répondre aux attentes des Français.

 

1. Mon premier souci sera la sécurité de notre nation. Elle passe par une lutte coordonnée et globale contre le terrorisme et par une gestion internationale du phénomène migratoire. 

Les Français sortent de la période qui s’achève avec le sentiment profond que leurs dirigeants n’ont plus de prise sur les événements et ne sont plus capables de les protéger. Je veux répondre à cette préoccupation légitime. 

 

A. La lutte contre le terrorisme sera bien entendu ma première priorité.

Nous sommes aujourd’hui attaqués par le terrorisme international, Daech ou Al Qaeda, qui ont déclaré la guerre à notre pays, ses valeurs de liberté, et sa culture. Cette guerre, d’un type nouveau, sera longue. Nous vaincrons grâce une cohérence complète entre notre politique de sécurité intérieure et notre politique de sécurité extérieure, en liaison avec nos amis européens, nos alliés et nos grands partenaires, comme la Russie. Je m’emploierai à organiser une action européenne et internationale efficace parce que mieux coordonnée.

Nous ne devons faire preuve d’aucune faiblesse dans la lutte contre le terrorisme international, y compris par l’emploi de moyens militaires, au Proche et au Moyen-Orient, en Libye ou en Afrique subsaharienne. Les structures, les réseaux financiers et les capacités d’action de Daech doivent être anéanties. Je m’efforcerai de consolider et d’élargir la coalition internationale pour parvenir à une destruction complète de sa capacité d’action. Je demanderai un engagement clair et sans équivoque de toutes les puissances régionales concernées.

Au-delà, je m’engagerai sur un plan international global de lutte contre le terrorisme, avec une lutte déterminée dans quelques domaines-clefs : perméabilité des frontières, recrutement et prédication sur Internet, transferts financiers. Nous devons être beaucoup plus ambitieux dans les coopérations entre nos services de renseignement et de police.

Sur le fond, vous le savez, il n’y aura pas d’éradication définitive du terrorisme et de l’instabilité sans un règlement global des conflits du Proche et Moyen-Orient, y compris de la question israélo-palestinienne, aujourd’hui hélas complètement bloquée. Je suis l’ami d’Israël depuis toujours. Et je ne transigerai jamais sur le droit d’Israël à la sécurité. Mais je crois aussi à la nécessité d’un accord israélo-palestinien pour que les droits des Palestiniens soient reconnus et respectés et qu’ils puissent disposer d’un Etat souverain, indépendant et libre. 

La France est liée à cette région par des liens humains profonds, et ne pourra rester indifférente à ce qui s’y passe. Au-delà de l’urgence humanitaire des crises actuelles qu’il faut traiter, je demeure persuadé que les progrès démocratiques et le développement économique, que nous devons promouvoir ensemble, constituent la clef d’une sortie de crise durable pour toute cette région. Il ne faut pas renoncer à cet espoir.

En Syrie, nous sommes dans une impasse totale. Mais nous ne devons pas, là non plus, renoncer à l’exigence de justice et de paix pour le peuple syrien.

Nous avons une priorité, combattre Daech. Mais ce ne peut être une raison pour, comme le fait la Russie en voulant liquider toute opposition respectable au régime, s’allier avec Assad, qui est responsable de la mort d’au moins 300 000 de ses compatriotes. La Russie doit réfléchir sérieusement et sincèrement à une solution politique. Attendre encore et bombarder toujours, avec l’illusion d’une victoire totale, c’est se rendre complices de crimes de guerre.

Le dernier veto russe, opposé au projet de résolution déposé par la France au CSNU, le 8 octobre dernier, est un très mauvais signal, et une grande déception. Il semble qu’à Moscou, on soit dans la fuite en avant. Avec cette surdité, nous entrons dans des eaux dangereuses de tensions graves. Je le regrette, et j’appelle une nouvelle fois la Russie à la raison et au dialogue constructif.

 

B. La sécurité, c’est aussi le contrôle de nos frontières et une gestion concertée des mouvements migratoires.

Un débat international sur les migrations doit être ouvert. C’est un enjeu majeur pour l’avenir de nos pays et c’est un sujet par nature de politique internationale. Par son ampleur, il n’est plus soutenable au plan économique et social pour nos pays. Le reconnaître, ce n’est pas céder aux sirènes de la xénophobie, c’est au contraire se prémunir contre de telles dérives.

Les vagues de migrations actuelles correspondent à des évolutions durables : démographie, changement climatique, retards de développement, raréfaction des ressources, conflits sans solution. C’est un phénomène planétaire, qui doit être reconnu et géré comme tel. Fermer les yeux pour les uns, fermer les frontières pour les autres ne sont pas des solutions. Seule une gestion plus concertée des migrations au plan international et régional pourra résoudre dans la durée ce défi.

J’appelle le nouveau secrétaire général des Nations Unies, ancien Haut-commissaire aux réfugiés, à s’impliquer fortement sur cette question.

L’Europe, quant à elle, doit reprendre le contrôle de sa frontière extérieure. Le récent sommet de l’Union européenne à Bratislava a fait du contrôle des frontières la première priorité de l’action européenne. Il a été décidé de renforcer significativement les moyens de l’agence Frontex, devenue l’agence européenne des garde-frontières et des garde-côtes de l’UE. Ces décisions doivent maintenant se traduire en actes, avec notamment la constitution d’une base de données biométriques des ressortissants des Etats tiers, la mise en place d’une capacité effective de réaction rapide en cas de défaillance d’un Etat et d’une capacité d’appui aux opérations de retours. Ce n’est qu’à l’échelle européenne que nous pourrons mettre en œuvre une politique efficace dans ce domaine qui est crucial. Il faut enfin revoir Schengen pour établir un dispositif systématique de contrôle des entrées/sorties à la frontière extérieure de l’Union. Ceux qu’on appelle les pays Schengen sont aujourd’hui devant l’heure de vérité : seul un engagement déterminé et collectif à mettre en œuvre de telles mesures peut nous permettre d’éviter le retour aux frontières nationales qui serait une funeste régression historique. Nous ne pouvons plus tergiverser. C’est oui ou non.

 

2. L’autre grand chantier que j’entends lancer, c’est celui de la relance du projet européen. Car l’Union européenne traverse aujourd’hui une crise existentielle grave.

Pour relever les défis du monde de demain, dans lequel notre puissance relative diminue, nous aurons besoin de plus d’union, et de plus d’Europe. Le délitement de l’Union européenne constitue un risque géopolitique considérable pour nos pays. C’est une évidence que nous avons perdue de vue, parce que l’Europe est devenue le bouc émissaire de nos propres faiblesses, ou parce que l’Union elle-même s’est enlisée dans la production technocratique de normes. La dislocation de l’Union européenne qui est une vraie menace réduirait chacun de ses pays à la situation d’Etat vassal des grands empires qui affirment chaque jour davantage leur nationalisme.

Je veux remettre la France au cœur d’un élan nouveau pour l’Europe, dès 2017. L’Allemagne et la France ont une responsabilité particulière : rien ne pourra se faire sans un couple franco-allemand qui fonctionne bien et il ne fonctionnera que s’il est équilibré. Nos deux pays à égalité doivent prendre la tête d’une Europe qui pourra fonctionner à plusieurs vitesses si certains de nos partenaires le souhaitent. Cela ne veut pas dire abandonner certains pays sur le bas-côté. Mais nous devons entrainer ceux qui souhaitent une Europe plus forte. Le redressement de notre pays sera le préalable. En l’état, la France n’est plus aujourd’hui en mesure de peser dans le débat européen, tant elle est mal en point. 

Ce nouveau départ doit partir d’un constat lucide des impasses du projet européen. On ne peut plus faire semblant, et continuer comme avant. Comment renouer le lien avec les peuples d’Europe ? Après 60 ans d’existence, ce n’est sûrement pas à partir de mesures technocratiques. Rédiger un nouveau traité ? Il ne redonnerait pas de vrai souffle. On retomberait dans un exercice bureaucratique, avec d’interminables négociations à 28 ou 27, qui finiraient par être bâclées sous la pression de l’urgence politique. Organiser des referendums dans tous les pays ? Ce serait irresponsable et un simulacre de démocratie tant que nous n’aurons pas un projet gouvernemental à proposer à nos peuples.

Sur quoi consulter sérieusement les peuples d’Europe sans une préparation solide ?

Je propose de rouvrir un débat citoyen sur l’Europe à l’occasion du 60ème anniversaire du Traité de Rome en 2017, avec un « congrès des consciences européennes », rassemblant des représentants des sociétés civiles, à commencer par les jeunes, des intellectuels, des hommes et des femmes de lettres, des scientifiques, des artistes, des acteurs économiques et syndicaux, des défenseurs des grandes causes spirituelles, humanitaires, environnementales. 

Ce congrès aurait pour but de susciter une réflexion libre sur l’identité et l’avenir de l’Europe, son originalité dans le monde, ses valeurs. Cette réflexion pourrait aider nos concitoyens à retrouver la conscience de ce qu’est l’Europe, de ce qu’elle représente aux yeux du monde ; d’affirmer ses valeurs, ses principes, sa culture, sa civilisation ; de s’accorder sur de grands objectifs.

Que faut-il attendre de l’Europe ?  Qu’elle abandonne son obsession normative pour faire enfin de la politique, la vraie !  Dans les mois à venir, la seule ambition de l’Europe ne peut être la négociation interminable du Brexit. Je veux le dire clairement à nos amis Britanniques, et aussi Allemands : notre relation militaire privilégiée avec le Royaume-Uni, notre combat commun pour la démocratie et les droits de l’Homme, demeureront. Je suis prêt à une négociation pragmatique organisant de manière ordonnée la sortie du Royaume-Uni, mais non à un marchandage interminable, qui absorberait toute l’énergie des Européens. Nous devons bien au contraire bâtir à présent une Europe puissance, capable de se faire écouter et respecter dans le monde.

Ma conviction depuis longtemps est que l’Europe doit s’affirmer dans le grand rééquilibrage en cours des puissances internationales comme l’un des grands pôles du monde de demain. 

La politique étrangère commune demeure plus que modeste ; elle est minée par des désaccords profonds. Avec le départ du Royaume-Uni, la France est désormais le seul Etat de l’Union à être membre permanent du Conseil de sécurité, à disposer de l’arme nucléaire, et à posséder toute la panoplie militaire, sur terre, sur mer et dans les airs. Cela lui donne une responsabilité particulière.

Elle doit poser la question de confiance à ses partenaires :

  • Au moment où le monde réarme et où le terrorisme porte la guerre sur notre sol, l’Union européenne peut-elle rester un nain politique et militaire? 
  • Pouvons-nous nous contenter du « soft power », alors que notre démocratie inspire la haine aux fanatiques islamistes et que notre niveau de richesse peut nous exposer à des chantages ?
  • Peut-on seulement compter sur l’alliance américaine dans le cadre de l’OTAN, sans être un vrai partenaire stratégique pour Washington ?

Je proposerai donc de rouvrir le chantier de l’Europe politique et de la défense européenne.

A l’âge de la mondialisation, les Européens ont aussi le devoir de parler d’une seule voix dans toutes les enceintes internationales où se décident les règles du jeu du XXIe siècle. Ils ont su le faire efficacement pour la lutte contre le changement climatique – et le reste du monde a suivi. Mais comment justifier la cacophonie au FMI, au Comité de Bâle, à l’OCDE, toutes organisations où notre continent est pourtant sur-représenté ? Comment les Européens peuvent-ils abandonner la gouvernance d’Internet à un organisme dépendant du seul Département américain du Commerce ?

Je veux bâtir ensuite au niveau européen une solide charpente de grandes politiques structurantes pour l’avenir : la transition énergétique et les énergies renouvelables, la transformation numérique, l’espace, la science et la technologie, les investissements d’avenir pour conserver en Europe des secteurs industriels cohérents et compétitifs, une politique commerciale fondée sur la réciprocité.

C’est seulement ensemble que nous arriverons à conserver une masse critique suffisante face aux autres géants économiques. La zone euro enfin doit être plus encore le lieu d’une politique économique active pour relancer la croissance, avec plus de convergence fiscale et sociale.

Un mot, s’agissant d’Europe, sur nos relations avec la Russie qui font couler beaucoup d’encre. Je ne suis pour ma part ni poutinolâtre, ni poutinophobe. Je défends les intérêts de la France et de la paix. Mon message à la Russie est simple : la Russie et l’Union européenne ne sont pas des rivales, car elles sont l’Europe ensemble ; je crois à l’idée d’un partenariat avec la Russie pour garantir la paix, la sécurité commune et une prospérité partagée sur toute la zone euro-asiatique. Notre dialogue politique doit reprendre. La Russie fait partie de la famille des Etats européens. La Russie est un grand pays, avec une histoire et une culture exceptionnelles. Sans la Russie, l’Europe est mutilée. La France et la Russie sont liées par une amitié étroite et ancienne. Mais il appartient aussi à la Russie de tourner la page de l’après-guerre froide, de renoncer aux nostalgies passéistes et aux divisions d’autrefois, et de respecter les accords internationaux qui fondent la paix européenne. Le rapport de force et les vieilles logiques de blocs ne peuvent être les seuls critères d’une politique européenne, au détriment des logiques gagnant-gagnant.

Je crois possible de reconstruire un agenda positif commun. Je souhaite qu’une pleine application des accords de Minsk avec l’Ukraine permette une levée des sanctions et une baisse des tensions en Europe. Mais je veux le redire aussi : les bombardements russes à Alep doivent cesser, et le blocage du Conseil de sécurité des Nations Unies nous éloignent de ce chemin.

 

3. Mon troisième grand axe d’action, ce sera la refondation d’un grand partenariat d’avenir avec nos amis africains.

L’Afrique, dont la population doublera d’ici 2050 est un continent jeune, qui vit des mutations d’une extraordinaire intensité. Je crois à l’avenir de l’Afrique, et à l’avenir de nos relations avec ce continent, qui sont étroites, à condition que nous sachions renouveler notre engagement à ses côtés : engagement pour la paix, la lutte contre le terrorisme et le renforcement de ses capacités collectives de règlement des conflits ; engagement pour le développement et le progrès social, meilleure réponse aux migrations désordonnées et formidable gisement de croissance pour nos entreprises ; engagement éducatif et culturel, pour que cette jeunesse à la découverte du monde voie dans la France un pôle unique de civilisation et de progrès. Je souhaite restaurer notre politique de coopération avec l’Afrique, avec des moyens à la hauteur de ces enjeux communs. Je lance un appel à nos entrepreneurs, à nos universitaires, à nos artistes, à nos scientifiques, aux maires de nos villes : nous avons destin lié avec l’Afrique. Nous devons aller en Afrique comme des partenaires d’un destin commun.

 

4. Je veillerai enfin à la contribution de la France à un monde de paix, à un monde plus juste, un monde fondé sur la diversité culturelle, à un monde plus respectueux de l’environnement.

La France est porteuse de valeurs universelles, et sa politique étrangère doit conserver une dimension globale, sans se réduire à une simple politique de voisinage. Je ne renoncerai pas à une diplomatie globale pour la France.

Il n’est pas présomptueux de dire que la France est l’un des quelques pays dans le monde qui soit capable d’aller au-delà de son seul intérêt national pour se mettre au service des causes plus larges.

Et son rôle est attendu. En liaison avec le nouveau secrétaire général des Nations Unies, je serai attentif à ce que la France soit une force de proposition sur tous les grands enjeux de l’avenir : la paix et la sécurité d’abord en tant que membre permanent du Conseil de sécurité ; une gouvernance internationale modernisée, notamment en matière économique, pour faire face aux défis du XXIème siècle ; l’universalité des droits de l’Homme qui est inscrite dans la Charte des Nations unies et que rien ne doit relativiser ; la lutte contre le réchauffement climatique et la mise en œuvre effective des accords de Paris ; la lutte contre les nouvelles menaces sanitaires ; l’éradication de la grande pauvreté.

Une diplomatie globale pour la France, c’est rendre à notre pays son éclat dans le domaine de la création culturelle et de l’innovation scientifique. Notre pays attire tous les visiteurs du monde avec son art de vivre incomparable, mais il doit être bien plus que cela. La France doit redevenir un grand foyer culturel et scientifique, producteur de modernité. Je suis navré de constater que ce rayonnement a pâli ces dernières années. Nous n’avons pas eu de réflexion ambitieuse sur l’avenir de la francophonie, à laquelle, vous le savez, je suis très attaché. La francophonie constitue en effet une communauté de langue, de culture et de valeurs unique, dont nous devons assurer la pérennité. 

L’avenir du français n’est pas un acquis, comme certains le pensent trop facilement, en ne comptant que sur l’augmentation démographique de l’Afrique francophone. Il y a une réflexion plus réaliste et plus dynamique à avoir sur l’avenir de la francophonie, qui ne soit pas un combat d’arrière-garde. Ces dernières années ont été marquées par une érosion massive de notre réseau culturel à l’étranger. Il faut stopper cette hémorragie, qui choque même nos partenaires étrangers.

 

Mesdames et Messieurs, 

Le souci de nos intérêts nationaux et de la liberté de nos choix, la volonté de garder une politique étrangère globale, c’est tout le contraire d’une France solitaire.

Je serai très attaché à la fidélité que nous donnons aux différents cercles de nos amis, alliés et partenaires :

  • le couple franco-allemand bien sûr, avec une relation rééquilibrée ;
  • l’entente cordiale avec le Royaume-Uni, après le Brexit, en particulier au plan militaire et de la défense des valeurs démocratiques ;
  • l’Union européenne et toute l’Europe, y compris la Russie si elle le souhaite ;
  • l’alliance transatlantique avec les Etats-Unis, qui demeure irremplaçable car nous partageons des valeurs et des intérêts communs. Nous avons aussi des différences, en particulier au plan commercial ou en matière culturelle. Le protectionnisme est un danger tant économique que politique.

La liberté des échanges favorise la croissance et la compréhension entre les peuples. Mais pas dans n’importe quelles conditions. La négociation des grands traités de commerce et d’investissement avec nos partenaires d’Amérique du Nord doit être plus transparente et préserver nos intérêts vitaux, en particulier en agriculture. J’y veillerai. 

Le résultat des élections présidentielles américaines, et les choix internationaux du prochain président américain sera naturellement déterminant pour cette relation. Je ne souhaite pas que les Etats-Unis fasse le choix du repli isolationniste, et encore moins de l’unilatéralisme, au détriment d’un engagement positif sur tous les enjeux globaux auxquels le monde et confronté. Ma conception du dialogue franco-américain est celle d’une relation confiante, franche et respectueuse des intérêts ou des spécificités de chacun.

  • l’espace euro-méditerranéen ;
  • nos amis africains ;
  • nos grands partenaires stratégiques dans le monde. La France doit entretenir un dialogue libre et régulier avec tous les acteurs mondiaux, traditionnels ou émergents, afin de faire entendre un point de vue humaniste et responsable sur la marche des affaires du monde. Je pense naturellement à la Chine, à l’Inde, et au Japon et ainsi qu’à tous nos partenaires de la région Asie-Pacifique. Je ne veux pas oublier l’Amérique latine, avec laquelle nous partageons les mêmes valeurs de liberté, d’indépendance, de démocratie, de respect du droit pour agir en faveur d’un monde multipolaire, avec laquelle aussi nous avons des affinités culturelles profondes.

En allant au-delà des difficultés actuelles dans cette région, je veillerai à renforcer nos relations avec le Brésil, l’Argentine, le Mexique ou le Chili.

 

Chers amis, 

Vous l’avez compris : je voudrais refaire de la France une puissance qui compte au plan international, avec une politique étrangère qui soit à la fois réaliste et généreuse.

Aux prophètes du déclin, aux chantres du repli, aux Cassandre de la pseudo-guerre des civilisations, je réponds avec force qu’au contraire, l’évolution du monde donne toutes ses chances à la France, parce que ce nouveau monde a besoin de science et de raison, d’ordre et de loi, de technologies et de culture, de dialogue et de solidarité. Et la France, c’est tout cela !

Tel est le grand dessein international que je propose aux Français de construire tous ensemble. Ensemble, car une grande et belle ambition internationale, ce n’est pas l’affaire de quelques-uns : c’est l’aventure collective de tout un peuple généreux, créatif, passionné, optimiste ; c’est l’aventure collective du peuple de France.