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[VIDÉO] Discours d'Alain Juppé sur l'identité de la France

Discours intégral sur l'identité de la France prononcé par Alain Juppé à Strasbourg, le 13 septembre 2016

Seul le prononcé fait foi

 

Chère Fabienne,

Cher Maël,

Cher Arnaud,

 

Mes chers amis,

C’est un grand bonheur de vous retrouver ce soir si nombreux à Strasbourg ! 

Je suis heureux de commencer avec vous, en Alsace, terre de volonté, de courage, d’ouverture, ce nouveau tour de France qui va nous conduire à la Primaire puis je l’espère, en mai prochain, à l’élection présidentielle.

Tous ensemble, nous allons conduire une campagne joyeuse, et porter une espérance ! Car je ne connais pas de campagne victorieuse dans la tristesse ou la morosité.

Si je me suis lancé dans l’arène de l’élection présidentielle, ce n’est ni par esprit de conquête ou de reconquête, ni par esprit de revanche, ni par désir du pouvoir pour le pouvoir. C’est tout simplement parce que je souhaite mettre toutes mes forces au service de la France. Je souhaite consacrer chaque heure, chaque minute des cinq années qui viennent à redresser et à rassembler notre pays. 

Je ne pourrai évidemment pas le faire seul.

Plus que jamais, j’ai besoin de vous, de votre mobilisation, de votre soutien, de votre confiance.

Ce soir, sur cette terre alsacienne qui lui est si viscéralement attachée, je veux vous parler de la France.

La France, notre patrie que j’aime comme vous avec passion.

Je souffre de la voir abîmée à l’intérieur. Je souffre de la voir souvent moquée à l’étranger. Je souffre de la voir inquiète, à la fois découragée et exaspérée.

Aujourd’hui, contre tous les prophètes de malheur, contre tous les prédicateurs du déclinisme, je veux redonner aux Français une espérance.

Il est toujours facile de se plaindre du temps présent, de dire : « c’était mieux avant ». Chaque génération ou presque l’a fait, la nôtre n’échappe pas à la règle. Mais ce qui est frappant aujourd’hui, c’est ce fatalisme, je dirai même cette complaisance que l’on trouve chez certaines élites politiques ou intellectuelles.

A les entendre, la France serait condamnée à la médiocrité.

La France serait condamnée au déclin.

La France serait condamnée à la peur. A la peur d’elle-même. A la peur de l’avenir. A la peur de l’autre.

Pour ma part, je dis non au pessimisme, je dis non au déclinisme, je dis non au renoncement. Car la France, sans la grandeur, ne serait plus la France ! La France, sans la douceur de vivre et le bonheur d’espérer, ne serait plus la France !

Dans cette campagne, contre vents et marées, je porte une idée, presque un idéal, celui de l’identité heureuse.

Si j’ai voulu en parler ici, à Strasbourg, c’est pour deux raisons essentielles :

D’abord parce que l’Alsace nous donne l’exemple d’une belle harmonie entre sa forte personnalité et son patriotisme ardent.

Ici, la République jacobine et laïque reconnaît et respecte un statut particulier, qu’il s’agisse de la langue régionale, des régimes de sécurité sociale ou des relations avec les cultes. Mais ces spécificités alsaciennes n’affaiblissent en rien la force du sentiment national qui s’est forgé tout au long de l’histoire.

En 1789, Strasbourg et l’Alsace ont été parmi les toutes premières à se joindre à la Révolution française. C’est ici que Rouget de Lisle a composé la Marseillaise, le chant de marche de l’armée du Rhin. Et quel amour de la France a-t-il fallu aux Alsaciens pour surmonter les épreuves des deux derniers siècles !

Mais l’Alsace nous donne aussi l’exemple de ce que peut être l’identité heureuse d’une population ouverte sur son voisinage et sur le monde.

Parce qu’ils ont été écartelés trop longtemps entre deux puissances qui se réclamaient de deux cultures différentes alors qu’eux les additionnaient, les Alsaciens ont joué un rôle irremplaçable pour inspirer le projet européen, c’est-à-dire la transformation des identités de combat en identités réconciliées, l’addition des différences. Pour agrandir la famille, non pour l’uniformiser.

Forte de ce passé, Strasbourg, capitale de l’Europe, peut demain jouer un rôle moteur dans la construction de la nouvelle Europe qu’il nous faut inventer, la nouvelle Europe d’après le Brexit. Une Europe capable de reconquérir le cœur de ses citoyens en leur démontrant qu’elle peut apporter protection et sécurité.

Cette campagne me donnera bientôt l’occasion de m’exprimer plus longuement sur l’ambition européenne que je veux redonner à la France dans les temps qui viennent. Mais dès ce soir, j’affirme que l’une de nos plus grandes fiertés nationales devrait être d’avoir scellé la réconciliation franco-allemande et d’avoir réussi une Union sans autre exemple au monde.

Entre le rêve européen et l’identité française, je ne vois aucune soustraction douloureuse mais une addition fructueuse, je dirais même une addition heureuse…

L’identité heureuse. Que n’ai-je entendu à ce sujet ! J’ai, comme tout le monde, des défauts. Mais je peux vous dire une chose, c’est qu’après une vie d’engagement au service de la France et des Français, dans le XVIIIème arrondissement de Paris comme à Bordeaux, au gouvernement comme à l’Assemblée nationale, après avoir traversé bien des épreuves et bien des crises, j’ai une vision claire de la réalité de la France et de ce que vivent et ressentent les Français. 

Je persiste et je signe : oui, l’identité retrouvée de la France, l’identité heureuse, c’est ce vers quoi je veux conduire le pays.

C’est mon objectif. Ce n’est naturellement pas un état de fait !

Chacun sait ici ce qu’il en est de l’échec profond, à bien des égards dramatique, des socialistes : l’aggravation du chômage qui ravage les familles, la montée de l’insécurité qui inquiète, l’affaiblissement de l’école républicaine… C’est d’ailleurs pour cela qu'il est urgent que ce quinquennat, qui aura été un véritable naufrage, se termine !

Tous nos maux ne datent pas d’hier. Depuis longtemps, l’ascenseur social est en panne, et notre modèle d’intégration, dont nous avons été si fiers, fonctionne de plus en plus mal.

Est-ce une raison pour se complaire dans le fatalisme ? Je crois tout le contraire !

La France et les Français ne sont pas condamnés à être malheureux. La France n’a pas renoncé à être cette grande Nation, belle et généreuse, qui rayonne dans le monde.

L’identité heureuse, ce n’est évidemment pas la réalité de la France d’aujourd’hui : c’est une ambition collective.

C’est mon ambition.

Et je m’y engage : ce sera celle que, demain, nous porterons, tous ensemble !

*

La France n’est pas, elle ne sera jamais un pays comme les autres. Isolée, frileuse, repliée sur ses frontières, elle ne serait plus qu’une puissance quelconque. Or, la France a toujours été et doit rester une puissance mondiale. C'est notre histoire, c’est notre rêve, c’est notre honneur.

Notre capacité d’innovation, notre tissu industriel, malgré son affaiblissement, notre réseau diplomatique, notre armée, notre agriculture, notre présence sur l’ensemble des continents grâce à nos outremers, notre poids au cœur de l’Europe, voilà les vecteurs de notre puissance tout au long de ce siècle.

Voilà pourquoi je me bats contre la tentation du repli, qui ne peut mener qu’à la décadence de la France et donc à l’appauvrissement des Français.

Voilà pourquoi je lutte contre le mirage du protectionnisme, désastreux pour nos entreprises et pour l’emploi.

Aujourd’hui, je veux vous parler de ce que nous sommes, nous les Françaises et les Français, en un mot : de notre identité.

Ce mot ne me fait pas peur : non seulement il y a bien une identité française, mais nous devons en tirer un sentiment de fierté légitime.

De grands et beaux esprits, avant nous, ont employé ce mot. A commencer par Fernand Braudel, éminent historien, qui publia, il y a exactement trente ans, L’Identité de la France. Il était tout sauf réactionnaire…

A mes yeux, l’identité française est singulière : elle est le fruit d’une tension créatrice, d’un dialogue entre la diversité de nos racines et l’unité de notre nation.

La France est complexe et paradoxale. Elle l’a toujours été. Au cours de son histoire, elle a connu des incarnations multiples. Elle a été tour à tour la nation de Jeanne d’Arc, chrétienne et royale, la nation de Condorcet, révolutionnaire et civique, la nation de Jules Ferry, républicaine et laïque, la nation de Péguy, mystique et progressiste, la nation de De Gaulle, résistante puis tout entière occupée à sa reconstruction et à la restauration de sa puissance… 

A chacun de ces moments, la France était pleinement la France !

Notre République est l’héritière de cette histoire, notre histoire, qu’il faut accueillir et aimer d’un bloc.

Avant d’être une nation, la France était une mosaïque de petits « pays » et de langues locales. Nous devons l’unité de notre territoire à tous ceux qui ont su, au cours des siècles, bâtir le royaume de France puis la République.

Mais aujourd’hui encore, qui irait nier qu’un Alsacien est différent d’un Breton, un Corse d’un Picard, un Bourguignon d’un Landais ? Et pourtant, au-delà de nos racines, nous reconnaissons et aimons tous la même patrie : la France, notre identité.

La France, ce n’est pas seulement l’Hexagone : elle est partout dans le monde, sur tous les continents et dans tous les océans. Notre diversité, c’est aussi celle de nos compatriotes des outremers.

Ils sont une richesse, une chance immense pour notre pays. Pour notre culture : ils nous ont donné certains de nos plus grands artistes, poètes et écrivains. De grands champions aussi : les derniers jeux Olympiques l’ont une nouvelle fois démontré.

Nos outremers sont aussi une chance pour notre rayonnement économique, avec les richesses encore largement à découvrir que représente notre espace maritime, le deuxième au monde. Une chance pour la biodiversité et l’environnement, avec un patrimoine naturel exceptionnel. Il faut célébrer la fierté ultramarine de la France.

La diversité de nos origines et de nos expériences se renforce de l’appartenance à la même nation.

Je me suis rarement senti aussi Français qu’il y a quelques semaines, à 20 000 kilomètres de Paris, lorsque j’évoquais devant le monument aux morts de Nouméa le souvenir glorieux du Bataillon français du Pacifique et l’amour de la patrie ; lorsque, dans la cathédrale de Papeete, nous nous sommes recueillis ensemble en pleurant le Père Jacques Hamel, sauvagement assassiné à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Enfin, notre situation géographique, la richesse de notre terre, le rayonnement mondial de nos idées et de nos valeurs ont fait de notre pays, depuis des siècles, un puissant aimant. N’oublions pas qu’au XVIIIe Siècle, l’Europe entière parlait français et pensait en français. Braudel écrit : « l’Europe est notre famille, notre condition pour être ».

Combien de femmes et d’hommes ont souhaité nous rejoindre, venus littéralement des quatre coins du monde, parce que la France était le pays de tous les possibles, un creuset où tous les talents pouvaient s’exercer pleinement et librement ? Des femmes et des hommes qui ont apporté leur pierre à la construction de la maison commune.

La France serait-elle la France sans Marie Curie, venue de Varsovie, Apollinaire, né sujet polonais de l’Empire russe, Picasso, qui vit le jour en Espagne, Ionesco, enfant de Roumanie, ou François Cheng, arrivé à Paris à la fin de l’adolescence après avoir grandi en Chine ?

Nous sommes fiers de cette tradition d’accueil, et nous voulons la garder vivante. Mais, dans mon esprit, elle rime aussi avec exigence et vigilance. C’est pourquoi nous avons non seulement le droit mais même le devoir d’exiger de ceux qui nous rejoignent qu’ils montrent une volonté véritable et sincère de s’intégrer à la communauté nationale.

Regardons la vérité en face : l'ouverture du monde est un fait inédit dans l’histoire par son ampleur. Nous n’allons pas faire comme si elle n'existait pas, ou comme si nous allions l’effacer. Laisser croire aux Français que l’on peut inverser le cours de l’histoire et « démondialiser » la planète est un mensonge. Nous n’allons pas bâtir un mur tout autour des frontières de l’Hexagone, parce que ce serait contraire à nos valeurs et à celles de l’Europe, et parce que ce serait inefficace : les Lignes Maginot sont toujours contournées.

Mais ceux que nous avons acceptés sur notre territoire doivent s’intégrer. C’est un processus exigeant, complexe, difficile. Il ne peut se réaliser qu’à trois conditions. 

La première condition, c’est de retrouver la  maîtrise des flux migratoires, sous peine de mettre en danger, voire de rendre impossible le processus d’intégration. C’est pourquoi je veux mettre en place un système de quotas, votés par le Parlement, qui définirait précisément chaque année nos capacités d’accueil par pays et par professions, en fonction de nos possibilités et de nos besoins.

De nombreux pays le font avec succès, comme le Canada. Pourquoi ce qui marche ailleurs ne serait-il pas possible en France ?

De même, je veux réduire très sensiblement la durée d’examen des demandes d’asile. Aujourd’hui le nombre de reconduites à la frontière s’effondre : je veux que ceux dont la demande est rejetée quittent effectivement et rapidement le territoire national.

Quant au droit du sol, c’est-à-dire l’acquisition de la nationalité française par les enfants nés en France, je veux le conditionner à la régularité du séjour d’au moins l’un des deux parents au moment de la naissance.

Enfin, pour concilier humanité et maîtrise de notre politique migratoire, je veux lier le regroupement familial à l’exercice d’un emploi, et donc à l’existence d’un revenu du travail pour le demandeur. Ce n’est pas le cas aujourd’hui !

La deuxième condition, c’est de refuser avec la plus grande fermeté les tentations communautaristes.

Suivre la voie du communautarisme, c’est-à-dire de l’enfermement de chaque communauté sur elle-même, serait un piège mortel, qui tuerait le modèle français. Je ne veux pas d’un pays où l’attachement aux origines, qui est légitime, prévaudrait sur le sentiment d’appartenance à la nation, qui est nécessaire. Je ne veux pas d’un pays où les mœurs et coutumes étrangères s’imposeraient à nos valeurs et à nos lois.

La troisième condition, c’est la volonté de partager et de transmettre un bien commun, sans lequel il n’y a pas de nation

Ce bien commun, c’est d’abord notre passé, c’est-à-dire nos racines, qui sont à l’évidence grecques, latines et judéo-chrétiennes. Oui : à l’évidence ! Je suis surpris que certains fassent mine de s’en étonner, voire de s’en offusquer ! C’est simplement une constatation objective. Ceux qui choisissent de nous rejoindre et que nous choisissons d’accueillir, mais aussi tous les Français quelles que soient leurs croyances, doivent connaître ce passé commun. C’est bien pourquoi l’étude de l’histoire, de ses grandes dates, de ses grands hommes, de ses grandes épopées, doit rester l’un des fondements de l’école républicaine, et cela dès les petites classes.

Ce bien commun, c’est notre culture, qui nous permet de rayonner dans le monde et qui constitue le meilleur rempart contre le fanatisme. C’est pourquoi j’ai mis la culture au cœur de mon projet politique.

Ce bien commun, c’est aussi notre langue. Elle exprime le génie de notre peuple. Elle fait de nous ce que nous sommes. Elle est, ne l’oublions jamais, la troisième langue la plus parlée au monde, et par là, elle est l’instrument privilégié de notre influence et de notre rayonnement. Son apprentissage doit retrouver, sous toutes les formes qui ont fait leurs preuves, notamment par la pratique exigeante de la grammaire, la place centrale qui doit être la sienne, et cela dès la maternelle et l’école primaire.

 Notre bien commun, que nous devons transmettre, ce sont bien sûr nos valeurs morales et nos principes politiques.

S’intégrer à la nation française, c’est s’approprier ces principes et ces valeurs. Au fil des siècles, la France a donné au monde la Renaissance, l’esprit des Lumières, la Révolution, la République, forte de sa si belle devise, qui n’a pas pris une ride :

 

Liberté, Egalité, Fraternité.

 

La liberté, c’est la liberté de penser, de croire, ou de ne pas croire. C’est le combat contre l’oppression, toutes les oppressions contre lesquelles tant de générations ont combattu, combat qui est à nouveau au centre d’une actualité tragique.

L’égalité, c’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui en a donné la définition la plus parfaite : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Cette passion française pour l’égalité des droits nous garde du piège de l’égalitarisme, qui est le dévoiement de l’égalité.

L’égalitarisme, c’est couper toutes les têtes qui dépassent et niveler par le bas.

L’égalité, c’est offrir les mêmes chances à tous et aider chacun à se surpasser, et à tirer le meilleur de ses possibilités.

Quant à la fraternité, c’est ce lien affectif si fort qui nous unit lorsque nous communions dans la joie mais aussi dans l’épreuve. Elle était vivante et vibrante dans les immenses rassemblements qui se sont levés sur tout notre territoire, le 11 janvier 2015.

Liberté, Egalité, Fraternité, fière devise de la République à laquelle j’ajouterai la laïcité. Peut-être est-elle parfois mal comprise au-delà de nos frontières, mais elle n’en est pas moins au cœur de notre nation et de notre pacte social.

Cette laïcité, c’est la séparation de l’Eglise et de l’Etat, du spirituel et du temporel. C’est le refus de l’intervention des religions dans la sphère politique ou administrative. C’est le respect des croyances et des pratiques religieuses de chacun, pour autant qu’elles soient compatibles avec nos valeurs républicaines, telles que je les ai rappelées.

Notre laïcité, il faut s’en souvenir, elle est née dans la confrontation entre une République jeune, qui devait encore s’affirmer, et l’Eglise catholique, qui n’avait pas encore accepté la séparation entre l’Eglise et l’Etat. Cette époque est révolue. Mais parlons vrai : la question de la laïcité se pose désormais avec l’Islam.

Après les religions chrétiennes, après le judaïsme, qui font partie de notre histoire séculaire, l’Islam doit trouver lui aussi les moyens de s’accorder avec la République.

Car la République et ses fondements ne sont pas négociables. En France, le troisième grand monothéisme doit devenir pleinement un islam de France. Et cela dépendra avant toute chose des Français de confession musulmane eux-mêmes.

J’ai mis sur la table à ce sujet des propositions réalistes et ambitieuses.

Nous devons aujourd’hui proposer un accord solennel entre la République et les représentants du culte musulman.

Il inclura d’un côté l’adhésion à une Charte de la laïcité dont je propose l’adoption. Cette Charte définira la laïcité telle que je viens de la rappeler, c’est-à-dire la séparation entre l’Etat et les religions, qui doivent évidemment s’engager à respecter pleinement les grands principes républicains, et d’abord l’égalité entre les femmes et les hommes. D’un autre côté, la République garantira aux citoyens qui souscrivent à cet engagement la liberté de choisir et de pratiquer leur religion, ou bien sûr de n’en pratiquer aucune.

Cet accord fixera en outre les règles relatives au recrutement et à la formation des ministres du culte musulman. Il est indispensable qu’ils aient une connaissance réelle des grands principes républicains, à commencer par notre langue : obligation leur sera faite de prêcher en français.

Enfin, cet accord assurera une transparence totale quant à la provenance des fonds, exclusivement français, servant à l’édification des lieux de culte.

C’est un accord exigeant. Il impliquera que les Français musulmans se dotent d’une organisation qui leur permette de dialoguer et de s’engager valablement et collectivement avec les pouvoirs publics.

La République leur tendra la main : il faudra qu’ils fassent leur part du chemin.

Parmi ces valeurs non négociables de la République, que nous partageons pour beaucoup avec les autres démocraties, je veux insister sur le strict respect de l’égalité absolue entre les femmes et les hommes, qui doit demeurer un pilier de notre pacte républicain.

D’autres pays, sur ce point, ont été capables d’avancer plus rapidement que nous. C’est le Général De Gaulle, en 1944, qui a accordé le droit de vote aux femmes, c’est-à-dire à la moitié de la population française. Il était temps ! Je m’engage à faire de cette égalité l’une des priorités de mon quinquennat.

Je m’engage en particulier à lutter avec la plus grande intransigeance contre toutes les violences faites aux femmes, qu’elles soient physiques bien sûr, mais aussi morales. Tout ce qui remet en cause la liberté et l’autonomie des femmes dans notre société doit être combattu. Tout ce qui remet en cause l’égale dignité entre les femmes et les hommes doit être combattu.

La France, c’est une histoire. Une langue. Des valeurs. Des symboles enfin, et d’abord un drapeau et un hymne, né ici à Strasbourg. Depuis les tragédies qui ont émaillé ces deux dernières années, quel Français ne met pas encore plus de cœur à l’ouvrage lorsqu’il chante notre hymne national ?

C’est tout cela, la France. C’est tout cela, notre identité nationale, une identité qui n’a rien de figé, qui se renouvelle constamment. Mais une identité qu’il faut aussi protéger contre ceux, quels qu’ils soient, qui n’acceptent pas nos principes et rêvent de détruire notre mode de vie.

Oui, ce soir je vous le dis sans état d’âme : notre identité nationale doit être défendue et je la défendrai, car c’est de l'essentiel qu'il s'agit, de ce que nous sommes et de ce que nous avons à dire au monde.

Elle doit être défendue contre les nationalismes, qui rêvent d’en faire une identité aigrie, repliée sur elle-même, une identité malheureuse.

Elle doit être défendue contre les prophètes du déclin et leurs péroraisons funestes.

Elle doit être défendue contre les communautarismes, incompatibles avec notre unité nationale. 

Et bien sûr, elle doit être défendue sans la moindre faiblesse contre le djihadisme international qui nous a déclaré la guerre. Contre ces terroristes qui haïssent au plus profond d’eux-mêmes tout ce que nous sommes, tout ce en quoi nous croyons.

Nous combattrons sans merci ceux qui s’attaquent à ce que nous avons de plus précieux. Nous les mettrons hors d’état de nuire. Nous le ferons en restant nous-mêmes, dans la justice, en respectant les règles de l’Etat de droit sans nous priver des mesures exceptionnelles qu’il permet. Et nous serons impitoyables. Nous le devons aux Français, dont il faut assurer la sécurité. Nous le devons à nos soldats qui, sur de multiples théâtres d’opération, prennent le risque du sacrifice suprême pour nous protéger, au nom de nos principes et de nos valeurs.

*

Si nous sommes fermes sur nos principes, si nous sommes décidés à combattre pour nos valeurs, si nous sommes fiers de notre civilisation et décidés à porter haut ses couleurs, nous n’avons pas de raison de craindre l’avenir.

Ayons confiance en nous et en la France. Elle a tous les atouts pour retrouver le rang qu’elle a toujours occupé en Europe et dans le monde.

Je n’ignore rien de nos difficultés, du sentiment d’abandon que ressentent certains Français, dans les territoires oubliés de la République mais aussi dans les zones rurales délaissées, et dans les villes moyennes où l’emploi se fait trop rare. Tout cela est vrai, tout cela demande des réponses d’une grande énergie. Qu’il s’agisse de rétablir l’autorité d’un Etat aujourd’hui affaibli. Ou de renouer avec le plein emploi sans lequel il n’y a pas de véritable justice sociale. Il y faudra des réformes énergiques que je mettrai en œuvre, soyez-en certains, sans faiblesse et sans délai.

Mais lorsque je regarde la France, je vois tant de raisons d’espérer ! Même si des années de politique inconséquente nous ont amenés au bord du décrochage, nous sommes aujourd’hui encore la 6ème puissance économique de la planète, avec moins de 1% de la population mondiale ! La dissuasion nucléaire garantit notre intégrité et notre liberté. Notre armée est l’une des meilleures au monde. Notre siège à l’ONU nous permet de faire entendre une voix originale aux quatre coins de la Terre : cette voix, le monde l’a entendue avec force lorsque le Président Jacques Chirac s’est opposé à la guerre en Irak. Notre dynamisme démographique sera la clé de notre réussite économique dans vingt ou trente ans, lorsque notre pays sera probablement le plus peuplé d’Europe.

Notre culture unique, celles dont nous héritons et celle que nous enrichissons, notre créativité, qui a le visage de nos mathématiciens, de nos architectes, parmi les plus connus au monde, de nos cinéastes, de nos écrivains, de nos artistes, de nos jeunes entrepreneurs qui lancent leur start-up, font de la France un phare et un repère.

Oui, la France dispose d’atouts décisifs pour l’avenir ! C’est cela qui me rend optimiste, pour peu que nous prenions les bonnes décisions. 

C’est cela qui vous rend optimistes : puisque vous êtes ici ce soir avec moi, c’est que vous aimez la France, c’est que vous connaissez ses atouts ! Les Français, même lorsqu’ils sont confiants dans leur situation personnelle, sont pessimistes quant à l’avenir du pays : ma vision, c’est celle d’une France où l’optimisme des individus se transforme à nouveau en énergie collective, en aventure collective, et en confiance dans l’avenir.

L’identité heureuse sera le fruit de la société de confiance que je veux bâtir avec vous et avec tous les Français, une société fondée non pas sur la confrontation, mais sur l’harmonie entre notre diversité et notre unité, une société respectueuse de nos différences mais soucieuse de l’unité de la République

*

Mes chers amis, 

Le choix qui se pose à nous est simple.

Voulons-nous ressasser à l’infini nos peines et nos malheurs ?

Voulons-nous pleurer encore et toujours sur notre grandeur perdue et notre puissance déchue ?

Ou voulons-nous recueillir ce qu’il y a de meilleur dans l’histoire et sur le sol de France ? Voulons-nous renouer avec notre destin ?

J’ai choisi.

Devant vous, je m’engage parce que je veux être porteur d’espérance.

Je m’engage parce que je veux une France puissante, fidèle à elle-même et à sa vocation universelle.

Je m’engage parce que je veux une France grande et généreuse.

Je m’engage parce que je veux une France admirée, qui porte une image puissante et respectée dans le monde.

Je m’engage pour que nous retrouvions la fierté d’être Français et le bonheur de vivre en France.

Je m’engage pour vous conduire à la victoire, qui sera celle de la France.

 

Vive la France puissante !

Vive la France fière ! 

Vive la France heureuse !