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Merci à vous tous qui m'avez soutenu

Vous avez proposé d'augmenter le salaire des professeurs du primaire de 10%. Pourquoi le primaire ? Cette promesse est-elle tenable ?

Réponse

Je suis intimement convaincu que la réussite de nos élèves passe avant tout par le recrutement de profils enseignants performants et de la motivation et la qualité de la formation des professeurs qui exercent au quotidien. Je souhaite que les enseignants du primaire soient payés de façon équivalente aux autres pays de l'OCDE.  Les enseignants du primaire sont moins bien payés en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE (35400 $ contre 41 300$ soit -14%), ils sont aussi moins payés que leurs collègues du second degré, et ils sont moins bien payés qu’un autre cadre « A » de la fonction publique (-35%). Nous ne pouvons pas nous lamenter sur les difficultés de recrutement des enseignants, sur leur sentiment de non considération sans en tirer les conséquences. C'est pourquoi je fais un choix : celui d' investir sur les enseignants du primaire et d'augmenter leur rémunération de 15 à 20%, dont 10% dès le début du mandat présidentiel.

 

Avril 2016 : Annonce par la Ministre d’une augmentation de prime pour les enseignants du premier degré.

Madame Vallaud-Belkacem a annoncé samedi dans un article publié par le JDD les détails d'une mesure d’augmentation de la rémunération pour les enseignants des écoles primaires par le versement d’une prime annuelle de 800 €.

La revalorisation de la condition et du prestige de l'ensemble du corps professoral est un des thèmes qu'Alain Juppé a mis en avant dans son ouvrage « Mes Chemins pour l'Ecole » dès le mois d’aout 2015. L'augmentation de la rémunération des enseignants du premier degré de 10 % dès la première année de son mandat, qu'il a proposée, est un des éléments de cette revalorisation. Nécessaire mais non suffisante, elle  n’est pas une mesure isolée et s’inscrit dans un programme plus vaste et cohérent.

Cette proposition a précisément fait l'objet il y a huit mois de critiques sarcastiques de la Ministre, qui objectait l'absence de moyens dans le budget de l’Education Nationale et qualifiait la proposition d'Alain Juppé de « promesse de Gascon ».

 

A 11 mois du premier tour des élections présidentielles, l'annonce soudaine de l'augmentation  des primes ISO des enseignants du premier degré suscite de nombreux doutes. Manœuvre politique, elle signe la conclusion d'un quinquennat éducatif où l'école primaire, sensée initialement être la priorité éducative gouvernementale, a été malmenée :

  1. L'école primaire a été rapidement éclipsée dans les premières années du mandat de F.Hollande, au profit d'une coûteuse réforme des rythmes scolaires qui a épuisé enseignants, élus locaux et parents sans qu'aucune mesure d’impact- ni sur les apprentissages ni sur la qualité de vie des élèves et des parents- ne soit prévue
  2. L'ajout de moyens humains dans le primaire passait par deux mesures phares : la scolarisation des enfants de moins de 3 ans et le « plus de maîtres que de classes » (intervention de deux enseignants en classe). Sur les 3 000 postes annoncés sur le quinquennat pour la scolarisation précoce, seuls 1 000 ont pour l’heure été créés. L’objectif était d’atteindre 30 % d’enfants de 2 ans scolarisés dans les zones défavorisées à l’horizon 2017 ; la proportion stagne en réalité à 20,6 % (20,4 % en 2013). S’agissant des maîtres surnuméraires, 2 300 postes (sur les 7 000 prévus) ont été créés. Le député (PS) Yves Durand, ex-rapporteur de la loi sur l’école de 2013, dans un rapport parlementaire publié en Janvier, estimait ces mesures « peu visibles » sur le terrain.
  3. L'école primaire a surtout été reléguée au second plan par une réforme des collèges mal menée, confuse dans ses principes et dans son application.
  4. Les programmes du premier degré, datant de 2008, ont fait l'objet d'une refonte sans qu'aucune évaluation des programmes précédents n'ait été menée. La préparation de la mise en œuvre de ces programmes se fait actuellement à la hâte, suivant le schéma le plus classique de la réforme descendante à marche forcée :rentrée 2015 pour maternelles, rentrée 2016 pour élémentaire (et collège).
  5. L'école primaire est satellisée dans le grand plan numérique, initialement prévu pour elle. 

Plus fondamentalement, là où les enseignants dans leur immense majorité attendent reconnaissance, confiance,responsabilités et la fin des effets d'annonce, cette prime de nature pré-électorale est une occasion manquée de redonner à la fonction professorale une partie du prestige qu'elle mérite. Elle laisse planer un parfum démagogique, plutôt infantilisant, d'incitation au vote par un bonus financier.