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Après les attentats, agir

Au lendemain de l’hommage national que notre pays a rendu aux victimes des attentats du 13 novembre, mes pensées s’adressent en premier lieu à leurs proches. Tant de morts, de blessés, de rescapés traumatisés, de familles brisées. Nos forces de sécurité, policiers, gendarmes, militaires, et aussi pompiers, volontaires de la sécurité civile, médecins, infirmiers ont été exemplaires. Ce sont nos héros.

Vendredi 13 novembre, notre pays a connu l’horreur. Chacune et chacun d’entre nous est bouleversé par la barbarie qui s’est abattue sur notre Nation, et la République endeuillée pleure les siens.

Après le choc, la réalité. L’Etat Islamique, Daech, nous a déclaré la guerre et nous devons en tirer toutes les conséquences.

La première: être unis, rassemblés et soudés autour des autorités qui sont aujourd’hui en charge de la sécurité de notre pays, le Président de la République et le gouvernement. Je leur ai apporté mon soutien. Mais cela ne veut pas dire leur laisser carte blanche. Il faut passer à l’acte très rapidement parce que nous avons déjà l’exemple dans un passé récent d’annonces qui n’ont pas été suivies d’effets.

Je souhaite que dans les tout prochains mois, le Président de la République vienne expliquer devant les Français ce qui a été obtenu.

Car il faut désormais se donner tous les moyens de gagner cette guerre. Le gouvernement a aujourd’hui des outils pour agir. L’état d’urgence, par exemple, qui permet de faire des perquisitions de jour et de nuit, et d’assigner les individus à résidence. Les résultats vont donc avant tout dépendre de sa volonté politique, ainsi que des moyens humains et financiers alloués.

C’est pour cette raison que je soutiens le recrutement de 8 500 fonctionnaires dans la police, la gendarmerie, l’administration pénitentiaire, la justice. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut former ces agents et les effets ne se feront sentir qu’à long terme.

Du retard a été pris, il faut le rattraper.

Nos services de renseignement doivent avoir davantage de moyens humains sur le terrain. A ce sujet, je propose de simplifier drastiquement les procédures administratives qui occupent aujourd’hui deux tiers du temps des policiers et gendarmes, et de recruter du personnel civil pour s’en occuper. Ces professionnels doivent pouvoir être au cœur de l’action.

Le renseignement de terrain est essentiel, car c’est lui qui permet de remonter les filières et de capter les signaux faibles qu’émettent les individus en phase de radicalisation.

Je propose ainsi de mieux articuler les services centraux de renseignement et le renseignement territorial, avec un rôle accru donné à la gendarmerie.

Une attention particulière doit en outre être portée à ce qui se passe en prison où on sait que des détenus se radicalisent. C’est pourquoi il est nécessaire de s’appuyer sur un véritable service de renseignement pénitentiaire qui puisse écouter et transmettre les informations sur ces sujets.

Un travail doit aussi être mené en amont, en luttant efficacement contre la radicalisation. A ce titre, les imams doivent avoir l’obligation de prêcheren français dans les mosquées. Ils doivent également obtenir un certificat d’instruction civique qui permette de vérifier leurs connaissances des principes fondamentaux de la République française.

Je propose par ailleurs la création d’un délit d’entrave au service public. Je l’ai déjà dit : on ne peut pas laisser les représentants de l’État sans moyens de réagir quand un enfant rejette une leçon d’histoire sur la Shoah ou quand une femme hospitalisée refuse d’être examinée par un médecin homme. Il faut faire respecter les conditions élémentaires de la laïcité.

Dans la République française, l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas négociable.

Mais attention, nous devons tous éviter de tomber dans un écueil : dresser les Français les uns contre les autres. Certains parlent de guerre civile. Cette expression me glace. Ne jouons pas avec des mots qui pourraient avoir de très lourdes conséquences. Attention aux dérives et aux amalgames dangereux. C’est pourquoi j’ai dit à plusieurs reprises que les autorités religieuses et spirituelles musulmanes devaient exprimer haut et fort leur rejet massif de toute forme d’extrémisme et de sectarisme et condamner fermement tout acte commis au nom de leur religion allant à l’encontre de la République.

Ils doivent expliquer que l’islam, ce n’est pas l’islamisme. Certains le font déjà, d’autres doivent suivre.

Si le combat se livre sur notre sol, il nécessite aussi une action à l’extérieur de nos frontières. Au Proche-Orient et au Sahel notamment.

Nicolas Sarkozy, François Fillon et moi-même, les Américains et la Ligue arabe, nous voulions tous nous débarrasser de Bachar el-Assad. Cette stratégie a été poursuivie par François Hollande. Nous n’avons pas atteint l’objectif. Nous ne nous sommes pas donné les moyens d’aider efficacement l’opposition à Bachar avant que Daech ne s’impose, et la stratégie des Russes a gagné. Entre remplacer Bachar et écraser Daech, notre priorité est maintenant claire.

Nous devons écraser Daech.

Pour cela, l’idée d’une coalition unique associant Américains, Russes, Français, Turcs, Iraniens, pays du Golfe, est une nécessité. Je serai attentif aux résultats qu’obtiendra en ces termes la diplomatie française.

Une réponse européenne, solide et cohérente, est bien sûr nécessaire. Tout d’abord concernant la question des frontières.

Schengen, dans son état actuel, est mort.

Nous avons besoin d’un pilotage politique d’une zone à définir et de moyens supplémentaires. En 2015, ce sont seulement 150 millions d’euros de budget qui sont alloués au contrôle de plus de 40.000 kilomètres de frontières, ce n’est pas tenable. Il faut une police européenne des frontières, un corps des gardes douaniers européens. Mais il faut aussi que nos partenaires européens s’engagent sur les théâtres d’opération où nous sommes trop souvent seuls. Et pourtant c’est notre sécurité et notre stabilité collectives qui sont en jeu. Le flux de réfugiés qui nous submerge est la conséquence de la guerre qui sévit en Syrie et en Irak. Il est absolument nécessaire que l’Europe se réveille.

Car derrière la France, c’est l’Europe, c’est toute notre civilisation qui est attaquée. C’est notre « être » que Daech veut détruire, nos valeurs fondamentales.

Liberté, égalité, fraternité, trois mots que nous devons plus que jamais porter haut et fort.

 

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