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Merci à vous tous qui m'avez soutenu

3 questions à Philippe Mignonet

Philippe Mignonet est depuis 2008 adjoint au maire de Calais en charge de la sécurité. Il a ainsi pour mission d’intervenir sur le dossier de « la Jungle » de Calais qui met en évidence une certaine impuissance de l’Etat et donne lieu à de nombreuses surenchères de l’extrême-droite. Malgré cela, Philippe Mignonet a réussi à convaincre les habitants du Calaisis qui lui ont accordé leur confiance. Il vient de créer un comité de soutien à Alain Juppé et il nous explique sa démarche.

 

Vous avez annoncé votre soutien à Alain Juppé. Quelles en sont les raisons ? Qu’attendez-vous de lui s’il est élu ?

Mon soutien à Alain Juppé date d'un moment. Il est, à mon sens, celui qui rassure et le seul qui soit capable de rassembler les électeurs "non encartés" derrière un projet pour notre pays.

Moi même - élu local de terrain - j'entends, j'écoute, j'observe et je note que mes interlocuteurs souhaitent une personnalité forte, d’expérience, mais surtout qui va au bout des réformes à mener, fussent-elles impopulaires mais indispensables.

Alain Juppé élu président, j'attends de lui qu'il s'entoure de personnes de la société civile. Évitons l'image des professionnels de la politique, il faut désormais aussi s'ouvrir à des personnes venant de différents horizons qui ont vécu ce que notre peuple vit et subit.

 

Vous avez créé un comité de soutien à Calais, quelles sont ses actions en direction des citoyens et des élus locaux ? Quels vont être vos sujets de préoccupation ?

Pour la population, j'explique ma démarche, j'ai réussi à rassembler lors des dernières élections cantonales où j'ai remporté un canton qui auparavant était tenu par un élu communiste dans un canton qui avait basculé à l’extrême-droite. Ce canton concentre les problèmes de chômage, d'immigration (le camp de migrants appelé "la jungle" s'y trouve) et donc l’extrême-droite y fait campagne en permanence. L’échange sur le terrain pratiqué chaque jour sans langue de bois a permis de rassembler pour gagner.

C'est une préoccupation quotidienne que de rassembler mais aussi de résoudre les problèmes locaux. Sujets difficiles mal relayés par les médias nationaux qui, aussi complexes qu'ils soient, sont à traiter d'urgence avec humanité et fermeté. L'immigration clandestine - et l'insécurité qui en découle - nécessitent une volonté sans faille et surtout un travail de politique internationale fort et sans relâche.

 

Concernant la situation à Calais, où en est-on ? Qu’attendez-vous de l’Etat pour répondre à la crise migratoire que connaît votre territoire ?

La situation locale s'est calmée quelque temps mais elle se dégrade à nouveau. La nuit les accès portuaires ou autoroutiers au tunnel sous la Manche sont pris d'assaut. Nous avons parfois l'impression que déni et renoncement sont de mise.

Je le dis sans détours, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, connaît le sujet. Je suis convaincu qu'il a la volonté nécessaire mais il est bien seul dans le gouvernement actuel à mesurer l'importance de traiter le sujet en urgence. Et comme il est seul, le sujet piétine.

C'est un sujet très complexe et, comme je le disais précédemment, j’attends de l'Etat qu'il se saisisse avec fermeté de cette problématique. Nous connaissons à Calais toutes les difficultés liées à ce phénomène.
Il faut lutter contre les réseaux de passeurs, localement bien sûr, mais aussi au niveau national et européen, enfin et surtout dans les pays d'origine.

Nos services de renseignement savent qui fait quoi dans les pays de départ et il convient d'agir aussi à la source. Sans cela, la politique qui pourrait être mise en place est vouée à l'échec. J'ai pour habitude de dire : nous savons combien arrivent en Europe mais nous ignorons combien sont réellement partis.

Puis j'attends de l'Etat qu’il renvoie dans leurs pays les migrants ne relevant pas du droit d'asile sur notre territoire ou en Europe. Aujourd'hui cela semble particulièrement compliqué pour ne pas dire quasi impossible. C’est pourquoi il faudrait que le Parlement prenne toutes les mesures pour faciliter ces retours.

Enfin, en politique internationale, force est de constater que des erreurs ont été commises, il faut renouer des relations stables avec certains Etats pour qu'ils nous assistent là où notre pays n'a que peu d'influence.

Pour conclure sur la situation locale, environ 4000 migrants sont aujourd'hui à Calais. L'été arrivant, de nombreux passages vont se faire à nouveau vers l'Europe, et je crains donc dans les semaines et mois à venir une augmentation significative du nombre de migrants qui se rendront à Calais pour tenter la traversée vers le Royaume-Uni. Il faut aussi qu’avec le gouvernement Britannique, nous soyons beaucoup plus fermes. En effet depuis des mois le gouvernement du Royaume-Uni finance la sécurisation de sa frontière qui se trouve pour le coup à Calais... Il convient de durcir le ton et au besoin renégocier les accords du Touquet.