Menu
Merci à vous tous qui m'avez soutenu

3 questions à Axel Poniatowski

3 questions à Axel Poniatowski, Député du Val d’Oise et Vice-Président de la Commission des Affaires étrangères.

 

Vous avez été de 2007 à 2012 Président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale dont vous êtes encore le Vice-Président et vous faites partie des parlementaires spécialistes de la politique internationale. Quel jugement portez-vous sur l’action de François HOLLANDE en la matière ?

 

L’influence de la France a fondu comme neige au soleil et ne tient plus que par son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Deux exemples : l’Allemagne qui négocie directement avec la Turquie en Europe dans le cadre de la crise des réfugiés, sans consulter ni même informer la France. C’est du jamais vu ! Deuxième exemple, l’absence quasi totale de la France dans le processus de négociations entre l’Ukraine et la Russie, au point de n’être même pas conviée lors des premiers sommets. Pour les Etats-Unis et la Chine, la France n’est même plus un interlocuteur. Comment en sommes-nous arrivés là ? D’abord parce que depuis cinq ans François Hollande affaiblit la France en ne procédant pas aux réformes nécessaires permettant de redonner compétitivité et attractivité à notre pays et à lui redonner ainsi un poids économique. Ensuite, François Hollande accumule les erreurs d’analyse et de choix stratégiques. Sa plus grande erreur restera la Syrie où, depuis le début, François Hollande a fait fausse route sur la nature de la menace. Je considère qu’il porte une immense responsabilité dans la crise des réfugiés que subit l’Europe aujourd’hui.

 

Vous parlez de la Syrie, dont l’une des causes ou conséquences de la situation dans ce pays est la création de l’Etat Islamique. Quel doit être selon vous le rôle de la France dans la lutte contre cet Etat terroriste et la stratégie à déployer pour y parvenir efficacement ?

 

Depuis l’origine du soulèvement en Syrie, François Hollande est obnubilé par le départ de Bachar El Assad. Or ce départ permettrait inéluctablement à Daesh de s’emparer de la Syrie. Il n’a été suivi ni par les Américains ni par les Russes. Les actions militaires contre Daesh, menées par ces derniers et l’Iran portent leurs fruits et permettent de contenir la situation en Irak et en Syrie. Mais par ricochet, Daesh se déploie sur un arc allant du Pakistan jusqu’à la Mauritanie en passant par le Yemen, la Somalie et le Sahel. C’est là que les risques les plus sérieux vont se porter dans les années à venir avec des conséquences migratoires qui nous toucheront encore plus directement. L’action militaire de la France, qui est peu utile au Moyen-Orient, doit se porter prioritairement sur le Sahel et en soutien des pays du Maghreb, en coordination avec les autres pays européens volontaires.

 

Selon vous donc, les prochains défis sont au Sahel et en Afrique Sub-Saharienne. Que pouvez-vous nous dire globalement sur les enjeux de l’Afrique et sur la façon dont les pays occidentaux et notamment européens doivent l’aborder ?

 

L’Afrique est un continent qui recèle un potentiel de richesses et de croissance considérable. Mais aujourd’hui ce potentiel n’est pas exploité et les perspectives sont même inquiétantes. Premier problème majeur : sa démographie. L’Afrique est la seule région au monde qui n’a pas entamé sa transition démographique. Le foncier agricole ne permet plus de subvenir aux besoins de la population, quant à l’industrie de transformation elle est quasiment inexistante. Cette situation déstabilise les pays africains les uns après les autres : corruption, trafic, drogue, développement du terrorisme. L’aide internationale n’a pas pris la mesure de ce défi. L’aide à l’agriculture par exemple ne représente que 8% de l’aide totale, quant à l’aide au planning familial, elle en représente moins de 1%. A l’inverse, le développement de la téléphonie mobile a permis d’améliorer les échanges commerciaux et je salue l’initiative du « plan électrification » lancée par Jean-Louis Borloo qui est une condition essentielle à l’essor de l’Afrique. La réflexion des pays développés sur l’Afrique doit porter sur une approche nouvelle de l’aide au développement. Le « tout multilatéral » est un échec. Je crois beaucoup plus que la solution est dans une approche bilatérale et coordonnée de ce que chacun peut faire à l’égard de tel ou tel pays africain. Cette aide doit porter non seulement dans les domaines humanitaires, trop limitatifs et proches de l’assistanat, mais surtout dans les domaines d’organisation régalienne (Etat, collectivités, justice, police, armée) sans lesquels l’ordre ne peut pas régner. Enfin, l’aide internationale doit porter un effort tout particulier en matière d’agriculture et d’industrie, facteurs d’emplois et de développement.