Menu
Merci à vous tous qui m'avez soutenu

13 novembre : un an après...

Il y a un an, une série d’attentats effroyables ensanglantaient Paris et Saint-Denis. 

130 victimes innocentes assassinées au Bataclan, au Stade de France et dans les rues des Xe et XIe arrondissements de la capitale, des centaines de blessés, dont certains sont encore hospitalisés. Combien de familles, d’amis, de proches touchés plus ou moins directement ? Combien de femmes et d’hommes qui mettront des années non pas à accepter ce qui s’est passé – on ne peut accepter l’inacceptable –, mais à surmonter le deuil et le traumatisme ?

Le vendredi 13 novembre 2015, nous avons tous compris que l’horreur pouvait se répéter, en masse.

Il faut appeler les choses par leur nom. Il y a un an, j’écrivais ici même que le terrorisme djihadiste nous avait déclaré la guerre. Les faits, hélas, ne m’ont pas démenti. Après Toulouse et Montauban en 2012, lorsque Mohammed Merah n’avait pas hésité à assassiner des enfants parce qu’ils étaient juifs et des soldats parce qu’ils servaient la France, après l’attentat de Charlie Hebdo, qui a frappé au cœur la liberté d’expression et au cours duquel deux policiers ont également trouvé la mort, après l’Hyper-Casher où la communauté juive fut une nouvelle fois directement visée, après le Bataclan et son escalade dans l’horreur, il y eut les lâches meurtres de Magnanville, l’épouvantable tuerie de Nice, l’assassinat abject du Père Hamel, homme de paix égorgé dans son église… Il y eut aussi Bruxelles, Tunis, la Turquie, l’Indonésie, les Etats-Unis…

Nous avons un devoir, celui de ne jamais oublier les victimes, et d’accompagner les survivants avec toute l’humanité et la solidarité nécessaires.

Et nous avons une obligation : celle d’éradiquer le terrorisme islamiste.

Je réfute l’idée d’une « guerre des civilisations ». Mais j’affirme qu’il y a une guerre contre notre civilisation, une guerre menée sur notre sol mais aussi dans le monde entier, et d’abord au Proche-Orient, par une armée de mercenaires et de recrues fanatisées. Une guerre contre notre mode de vie. Contre cette convivialité qui nous réunit aux terrasses des cafés, lors des grands événements sportifs, ou pour un concert. Une guerre contre nos valeurs, contre notre drapeau, que les passants de Nice venaient célébrer en assistant à la Fête nationale. Une guerre contre tout ce qui nous unit, contre tout ce en quoi nous croyons : une guerre contre la République, symbolisée par cette Liberté qu’ils exècrent. Symbolisée par cette Egalité qu’ils abominent, et d’abord celle, absolue, non négociable, entre les femmes et les hommes. Symbolisée par cette Fraternité qu’ils ne peuvent accepter, parce qu’elle permet de surmonter tous les clivages, y compris entre les communautés. Et symbolisée par la Laïcité, au cœur de notre pacte républicain.

Il faut que les dirigeants de la France se montrent à la hauteur, et mettent en œuvre tous les moyens pour en finir avec le terrorisme.

Le temps presse. L'amélioration de la coordination de nos services de renseignement doit constituer une priorité de l'Exécutif. Il faut, comme je le dis depuis des mois, reconstituer le renseignement territorial, indispensable pour détecter à temps ce que les spécialistes appellent les « signaux faibles » annonciateurs d’une radicalisation ou d’un passage à l’acte terroriste. Il faut enfin intégrer la gendarmerie dans la communauté du renseignement et mettre en place une police pénitentiaire, car on sait que la prison est le lieu le plus fréquent de radicalisation.

Un mot sur l’islam, dont se réclament les terroristes. Je suis convaincu que, comme les autres grandes religions, il a sa place dans la République : mais je veux qu’une lutte déterminée soit menée contre ce dévoiement de l’islam qu’est le fondamentalisme. Il faut fermer les mosquées qui prêchent la haine, et empêcher de nuire leurs prédicateurs.

Je crois que le moment est venu de demander aux musulmans de France de prendre toutes leurs responsabilités pour s’inscrire dans la République comme, en leur temps, l’ont fait les juifs et les catholiques. C’est pourquoi il faudra proposer aux musulmans un accord solennel, qui se concrétisera par l’adoption d’une Charte de l’Islam de France et fixera les règles relatives au recrutement et à la formation des imams : connaissance des grands principes républicains, à commencer par le strict respect de l’égalité absolue entre les femmes et les hommes, connaissance de la langue française et obligation de prêcher en français, transparence totale quant à la provenance des fonds, exclusivement français, servant à l’édification des lieux de culte.

Les terroristes ont déclaré la guerre à la France et à tous les Français. Cette guerre sera longue et difficile. Je veux rendre hommage aux forces de l’ordre et aux forces armées qui nous protègent avec courage, en France ou en opérations extérieures. Je veux dire mon admiration pour notre peuple, pour sa dignité dans la peine et la douleur, pour sa solidarité sans faille, pour son calme, qui n’empêche pas une légitime colère. Rassemblée, unie, soudée, la France ne peut être vaincue : cette guerre, nous la gagnerons ensemble.

Alain Juppé